‹ Louis 16. et sa courChapitre 111 sur 193 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'habitude sans doute; mais quand on réfléchit au\ mille délicatesses dont se compose la moralité humaine , que penser de l’homme qui s’est fait un besoin d’abattre tous 'les jours un troupeau que l’on pousse à ses pieds, de ce roi qui n’a jamais porté l’épée militaire, et qui s’en va, les mains noircies par sa forge, faire de tels car* nages dans ses forets.

Les frères du roi différaient de lui singulièrement : le comte d’Artois appartenait à la société de la reine; le comte de Provence prenait position à l’écart. Ils tenaient au dix-huitième siècle par des points différents; le comte de Provence s’y rattachait par les goûts et les prétentions littéraires, certains dons légers de l’esprit qui lui servaient à cacher d’autres ambitions. Au moment ou la cour essayait des réformes, Monsieur plaida pour les vieilles choses; il s’inscrivit pour le régime monarchique absolu; il attaqua Turgot , il poursuivit Necker; mais quand le gouvernement fut retombé dans ses anciennes voies, Monsieur transporta son opposition de

mont l’emploi de son temps. Il détaille combien , sur le nombre total de ses promenades , il en a fait par la gelée , combien par le dégel , combien par le beau temps , combien par le temps couvert, etc. Outre ces différents relevés, Louis XVI additionnait encore ce qu'il avait tué à la chasse durant le mois, et faisait le total à la fin do l'année de ce qu'il avait tué dans les douze mois réunis. Ainsi , à la (in de décembre 1775 , on trouve au total du mois : « Tué 1,564 « pièces de gibier, et pour total do l'année, 8,424. » {Reçue ritrosp ., t. V, p. I IC et suiv.)

l'autre côté; il se glissa à la suite de l’opinion publique. Il semble que le jeu de sa conduite fut de prendre toujours une attitude contraire à celle de la cour, de se placer surtout à distance de la reine. Il nourrissait contre Marie-Antoinette une hostilité couverte que ses affidés trahissaient par mille proposenvenimés. Le Luxembourg, qu’il habitait, était un atelier de chansons et d’épigrammes (i). Monsieur lui-même avait, comme Frédéric le Grand, le goût épicurien des petits vers, avait la mémoire pleine d’Horace , au point que cette affectation de savoir inquiétait à Versailles , et faisait dire « qu’on pouvait gouverner l’Etat sans tant de latin (2). » Monsieur, depuis l’avénement de son frère, essaya en diverses occasions de se faire écouter; mais tout accès

(1) Le salon du prince de Conti , au Temple, et ceux des plus grandes familles de la noblesse Jalouses de la faveur de Polignac et de leur société, faisaient à Marie- Antoinette une guerre aussi acharnée que le Palais-Royal et le Luxembourg. Il y aurait à citer ici parmi ces grandes familles, les Montmorency, les La Rochefoucault , les Noailles , les Clermont-Tonnerre, les Crillon , etc. Il devint de mode d'attaquer la reine, et cette mode s’étendit naturellement aux salons de la bourgeoisie, à ceux-là surtout où régnaient les gens de plume, qui avaient tout crédit sur l'opinion.

(2) On a cité de Monsieur un mot au moins étrange , au baptême du premier enfant de la reine , un mot qui , dans la bouche du prince héréditaire, semblait caclier, sous une plaisanterie légère , une intention ténébreuse : « Monsieur le curé, dit le prince, qui était parrain , vous oubliez une des formalités d’usage , vous oubliez de demander qui sont les père et mère de l'enfant. « Cette singulière plaisanterie se trouve citée dans beaucoup d’écrits du temps.

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