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la servir de façon à dépasser son attente, ('/était se montrer reconnaissant, car la cour était pour tout dans
rompit la marche de la procession, et apostropha bruyamment ce gentilhomme, en lui demandant ce qu’il était venu faire , pourquoi il avait quitté son service à cette heure, et il lui commanda du geste et de la voix, de s'en retourner au plus vite au chenil. Telles étaient les préoccupations qui dominaient Louis XV i à ce moment solennel des États généraux. De pareils traits avaient tld frapper l'esprit d’un jeune prince • aussi Louis-Philippe en racontant, contrefit-il «à grand bruit la voix de Louis XVI , et jusqu’à sa pantomime peu royale.
Ces impressions de la première jeunesse survivaient également chez Louis-Philippe à l’égard de Ma rie- Antoinette; il les avait puisées au Palais-Royal , dans les conversations de MM. de Lauzun , de Liancourt, deSillery, de Laclos, et de tant d'autres courtisans intéressés de ces haines de famille, qui allaient colportant les histoires et les couplets du jour sur la reine. On sentait que Louis- Philippe avait subi l’influence inévitable d’un tel entourage. Comme je m’exprimais avec sympathie sur cette princesse , en vantant son caractère généreux et fier, sou courage, ses dons naturels, son émotion parfois éloquente , le roi m’écoutait dans un silence assez significatif, qui contrastait avec son expansion habituelle, et qui semblait sous-entendre qu'il en savait plus long que tout autre à ce sujet.
Préoccupé de vérité et de justice historique , j’essayais de démontrer qu'il avait existé contre la reine une véritable conspiration au sein de la famille royale même, dans la haute noblesse, toute une politique de dénigrement et de calomnies qui, après l’affaire du collier et le procès du cardinal de Rohan , gagna jusqu'au clergé et finit par entraîner toute la nation contre la reine. Le roi Louis-Philippe , sans s’expliquer autrement que par son attitude et le jeu de sa physionomie en m’écoutant, coupa court à ce délicat entretien par quelques paroles dignes sur l'indulgence dont l'histoire devait user envers un roi et une reine éprouvés par de si grandes infortunes.
r. h a m it k iv.
sa fortune. Ce nouveau ministre fui M. (le Galonné; il sortait, comme Turgot, de l’intendance d’une province, pour devenir aussi contrôleur général ; la ressemblance entre eux n’allait pas plus loin. Parmi les intendants, M. de Galonné aussi était renommé; le rôle qu’il avait rempli fort jeune dans le procès célèbre de La Chai otais lui avait valu le surnom de Laubai'demont de talonne. Quoique sorti de la magistrature, il s’était compromis
avec elle lors de sa lutte contre Maupeou; il était sus-
pect au Parlement comme au public; mais il avait des amis qui travaillaient à le faire ministre depuis longtemps. T^a reine, dès la première année du règne, l’avait mis en avant (i); mais Maurepas l’écarta tant qu’il vécut ( 2 ). La cour saisit l’occasion de le pousser au poste qu’il convoitait depuis longtemps. Il avait pour concurrents des hommes fortement appuyés comme lui : Galonné l’emporta , grâce à l’appui des Polignac et de la reine, aux impétueuses recommandations du comte d’Artois, et, par hasard aussi, à celles du prudent Vergennes, qui fut la dupe d’une mystification (3).
(1) Chronique secrète de Paris, en 1771, par l’abbé Bandeau ; Revue rétrosp .
(2) M. de Monthyon cite un échec qu’essuya Galonné au conseil où il fut appelé. Voir p. 208.
(3) M. de Monthyon rapporte encore, à ce sujet, une anecdote dont voici le fond : « Le banquier de la cour, d’Harvelay, ami de Vergennes , lui avait chaudement recommandé Galonné, qui était l'amant de sa femme. » {Idem, p 27.>.)
L’état dans lequel M. de Galonné prit les finances serait malaisé à déterminer. Les actes publics n’en sauraient faire foi, car les édits du roi à cet égard se contredisent selon les temps. Necker avait établi que le revenu excédait la dépense de dix millions à sa sortie du ministère; maislescliarges extraordinaires, comme on l a remarqué, ne figuraient pas dans cette balance (i). Quelques années après, Galonné déclarait, au nom du roi, que l'équilibre n’avait jamais existé. Après les ministères de Fleury et de d’Ormesson on retrouva le déficit plus énorme qu’il n’avait jamais été. Galonné présenta ainsi la situation : « Lorsqu’à la fin de iy 83 , dit-il, le roi daigna me confier l’administration de ses finances, elles étaient, on ne l’a que trop su, dans l’état le plus critique. En réalité, il y avait 220 millions à payer pour restant des dettes de la guerre; plus de 80 millions d’autres dettes exigibles, soit pour l’arriéré des dépenses courantes, soit pour l’acquittement de plusieurs objets conclus ou décidés antérieurement; i~6 millions d’anticipations sur l’année suivante; 80 millions de déficit dans la balance des revenus et dépenses ordinaires; le payement des rentes excessivement retardé; le tout ensemble faisant un vide de plus de 600 millions : et il 11’y avait ni argent ni crédit (2)... »
(1) Voir Bailly, U ist. financière de France, t. II, p. 250etsuiv.
(2) Discours de Caloune à rassemblée des Notables. Voir Histoire parlent. y t. I, p. 181 à 201. — Voiraussi Bailly, qui porte la masse
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Telle était la situation, accusée par Galonné luimême. Et néanmoins, les quatre années de son ministère passèrent comme un heureux songe pour les hommes de cour, comme un dernier retour aux plus joyeux temps de la monarchie. Ils ne l’avaient point fait contrôleur général pour qu’il répétât ce rôle déjà usé, à leurs yeux, de réformateur, de ministre économe. Ge sort de Turgot et de Necker était d’ailleurs une bonne leçon pour Galonné. Il en profita, et garda le trésor public comme le plus complaisant des ministres de Louis XV. Avec lui, les gens de Versailles regagnèrent le temps qu’ils avaient perdu. Les frères du roi lui firent acquitter leurs dettes et fournir plus grandement à la dépense de leurs maisons. La reine voulut avoir Saint- Gloud à elle ; l’acquisition coûta quinze millions, et trouva une forte résistance au Parlement (i). Louis XVI, de son côté, malgré le nombre de ses campagnes royales, mit quatorze millions à l’acquisition de Rambouillet. Ge fut l’instant propice pour quiconque s’était mal trouvé des scrupules, de l’intégrité des ministres précédents (2). Tout s’aplanit, tout se termine au mieux avec Galonné; le domaine public se prête à tous les marchés, à tous
des dettes exigibles , à cette époque, à six cent quarante-six millions. Hist.financ ., t. II, p 250.
( 1 ) T^a foule disait en se portant à Saint-Cloud : Nous allons voir les eaux ef l' Autrichienne .
(2) Un prince du sang disait : « Quand je vis que tout le monde tendait la main, je tendis mon chapeau. «
les échanges; l Eat se ruine par des achats, par des ventes, quelquefois au profit du ministre lui-même (i).
En trois ans, le trésor se trouve grevé de soixante millions d’acquisitions d’un luxe superflu; les acquits du comptant, sorte d’extorsion royale que Louis XVI aurait du répudier, s’élèvent en l’année 1780 à \f \5 millions ( 2 ). Des abus qui s’étaient cachés reparaissent ;
(1) Parmi ces échanges, on nommait avec scandale , celui du Clermontois, de la baronnie de Viviers, au profit d’un neveu de Calonne, et celui du comté de Sanccrre, dans lequel le ministre s’arrangeait d’un domaine qu’il faisait céder à son ami l’abbé d’Espagnac. ( Mémoires du règne de Louis XVI, t. VI, p. 114; Droz, p. 405. )
M. de Monthyon rapporte sur Calonne une anecdote qu’il garantit; c’est un exemple curieux de son cynisme et de son improbité. « M. de Machaut lit une visite d’affaires à M. de Calonne, qu’il ne connaissait point. Celui-ci l’entretint de l’état déplorable des finannauccs, disant « qu’un honnête homme avait peine à se charger de cette administration ; qu’il ne s’y était déterminé que parce qu’il y avait été forcé par la situation de ses affaires personnelles. Galonné alors raconta que quand il était arrivé au contrôle général , il devait deux cent vingt mille livres exigibles ; que dès les premiers moments il avait donné connaissance au roi de sa situation, et lui avait observé qu’un ministre des finances avait bien des moyens d'acquitter une telle dette sans que Sa Majesté en fiit instruite, mais qu’il préférait une voie plus franche ; et que le roi, sans lui répondre, avait été prendre dans son secrétaire des actions de l’entreprise des eaux, et lui en avait donné pour deux cent trente mille livres. Et M. de Calonne ajouta qu'il avait trouvé moyen de s'acquitter , et avait gardé les actions des eaux. M. de Machaut, en contant cette histoire, ajoutaitavec sa gravité et sa finesse habituelles : Je n'avais pourtant rien fait pour provoquer une confidence si extraordinaire. » (Voir Monthyon, Ministres des finances, p . 280.)
(2) Chaque année , la France supportait pour huit cent quatre-
les croupes clans les fermes, les pots-de-vin de toute sorte dans les marchés publics redeviennent comme le patrimoine des gens en crédit ; ces marchés se passent à huis clos sans contrôles ni enchères. Galonné rétablit de grosses charges supprimées, multiplie l’abus des survivances, grossit, quoi qu’il ait prétendu, le chiffre des pensions, et convertit au perpétuel des rentes viagères. Il agissait beaucoup assurément : l’on doit à son génie remuant quelques vues et quelques travaux d’utilité; ceux du port de Cherbourg et plusieurs autres furent de bonnes dépenses. Galonné visita et protégea avec faste des manufactures; mais son activité mal réglée ne conçut guère en somme que des travaux coûteux et inopportuns, comme ces ambitieuses barrières dont il entoura Paris, ces forteresses de mauvais goût à l’usage de l’octroi, et dont la folle dépense s’éleva à douze millions (i). Galonné était la providence des financiers comme des grands seigneurs, et tous l’appelaient le ministre modèle . Les femmes ne le nommaient qu’avec ivresse et répétaient : « C’est un enchanteur! » Pour
vingts millions de livres en impôts de tout genre , tant manuels que pécuniaires , non compris une forte partie de droits et de devoirs féodaux , dont l’évaluation serait impossible. Dans cette masse de tributs équivalente à plus d’un milliard deux cents millions de francs, à peine cinq ceut dix millions de livres étaient livrées au nom du roi... Il ne restait pas deux cents millions à l'État. » (Bailly, Histoire financière de la France , t. II, p. 205 et 260. )
(1) Mèm. du règne de t.ouis XI 7, t. VI, p. 1 N.
is.
Galonné, plaire c’était gouverner; il appelait la prodigalité « une large économie ( i )» , comme Bacon appelait la calomnie une large justice 1 11 mettait sa place à contribution pour ses plaisirs; le roi le grondait à peine de son brillant libertinage. A Versailles, à Paris il avait des hôtels magnifiquement tenus; il vivait de pair à la cour avec les hommes les plus qualifiés; il tutoyait le duc de Polignac. Ailleurs, il donnait la main à Dubarrr le roué , dont on vit la femme faire les honneurs du salon ministériel. Galonné offrait à l’une de ses maîtresses des bonbons, dont chaque enveloppe était un billet de caisse d’escompte (2); il était contrôleur général jusque dans sa galanterie. Rien 11e lui manquait, en effet , pour réaliser la perfection aux yeux des courtisans. A cette chevaleresque façon de traiter les affaires, Galonné joignait encore une grande séduction de sa personne. Il accordait tout, et il mettait à donner cette grâce des manières qui sert «à déguiser les refus. Jamais on n’avait vu ajouter à la signature du contrôleur général tant de frais de politesse et de galanterie. Galonné répudiait en tout la rigidité traditionnelle de sa fonction ; avec lui on 11’avait plus peur du contrôleur général; il subvenait à toutes les fêtes, comme un homme qui devait en prendre la meilleure part.
Si ce ministre n’eut pas mis à côté de tant de profil-
ai) Bailly , Mit. financ., t. II, p. 252.
(2) Droz, H Ut . de !.ouis A/ 7, 1. 1, p. 409.