‹ Louis 16. et sa courChapitre 127 sur 193 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dispositions de Fox à notre égard. C’était Pitt cpii avait conclu le traité , et il le défendait d’un air triomphal; c’était lui, le Fds de Cliatam , nourri de haine contre la France, c’était lui qui parlait d’elle avec courtoisie , lui qui se faisait, contre Fox , l’apôtre de la conciliation et de l’humanité : grands comédiens de gouvernement qui depuis ont échangé leurs rôles !

« Parce que la France, disait William Pitt, trouve quelques avantages dans ce traitée, devons-nous hésiter à nous en procurer de supérieurs? N’est-il pas glorieux pour l’Angleterre, après les secousses qu’elles a essuyées, après une guerre aussi compliquée, après s’ètre vue si près de sa ruine, de considérer que la France nous ouvre les bras , et s’offre «à former des liaisons avec nous sur un pied aussi avantageux que libéral? Ne s’agit-il pas, dans cette circonstance, d’un marché qui élève huit millions d’hommes à côté de vingt-quatre millions qui composent la population de la France?... Quant aux rapports du traité avec la politique, c’est avancer une maxime bien fausse et bien dangereuse cpie de prétendre que la France et l’Angleterre ne doivent pas cesser d’être ennemies, parce qu’elles l’ont été; mon esprit se révolte contre un principe aussi monstrueux qui outrage les constitutions sociales et les deux nations. C’est calomnier l’humanité, c’est supposer dans le cœur de l’homme la plus infernale malice...

Ce traité rapprochera les deux peuples, leur donnera

les memes goûts, les mêmes mœurs , et contribuera à l’harmonie respective (1). »

Le traité qui mettait Pitt en goût si soudain de philanthropie était en effet libéralement conçu. C’était à peu près le laissez-passer des économistes , appliqué au commerce des deux pays. Turgot lui-même, dans sa foi inflexible, n’eût point fait un pas plus confiant et plus hardi. Du point de vue moral et politique, l’arrangement était bon; il rapprochait deux grands peuples, il éloignait les chances de guerre j il contenait des améliorations du droit international (2) ; mais, sous le rapport économique, le ministre anglais avait seul le droit de s’en applaudir. Le traité était conclu pour dix ans, et ce fut un bienfait de la Révolution d’en amener violemment la rupture. Plusieurs de nos industries en auraient été frappées de mort ( 3 ). Abandonnées par les

(1) Parliamentary history, t. XXVI, p. 390

(2) « L'article 1 1 autorisait les sujets des deux nations à rester dans les États de l’une et de l’autre , même dans le cas de guerre ; et s'ils étaient forcés de partir, on leur accorderait un an pour mettre ordre à leurs affaires .. Les lettres dites de représailles étaient abolies. » (Flassan, Hist. de la diplom. française , t. VII, p. *122.) — « La libre navigation vers les ports ennemis de l’une et l’autre puissance était consentie. » (Idem, p. 426.)

(3) Particulièrement les manufactures de laines et de coton, les fabriques de faïence, d epinglerie, etc. Les étoffes de soie de France et les ouvrages de laine mêlés de soie , restaient toujours prohibés en Angleterre. Ce traité ne fut avantageux qu’à quelques produits agricoles , et particulièrement aux vins de France, qui furent assimilés pour les droits à ceux du Portugal. (Flassan T.YI1 , p. 422.)

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