CHAPITRE IV
tarifs, devancées de trop loin par les progrès mécaniques de nos rivaux , ces industries ne purent soutenir la lutte. Dès la deuxième année, l’équilibre entre les échanges se trouva rompu , et si la France fût allée jusqu’au terme du traité, elle en eût payé les frais d’une partie de sa fortune publique (i).
Ainsi que l’avaient dit Fox et ses amis politiques (a), le cabinet de Versailles s’était hâté de conclure sous le coup d’une impérieuse nécessité; l’Angleterre devina le secret, et elle en profita.
Ce secret , c’était l’état de nos affaires intérieures, l’accroissement des embarras : l’administration de Galonné atteignait sa troisième année , et à quel prix? Com-
(1) « Le traité de 1786, dit M. de Monthyon, qui a réglé les relations françaises et britanniques, a été funeste à l’industrie française A peine a-t-il été conclu, que l’exportation d’Angleterre en France s’est fort élevée au-dessus de l’exportation de France en Angleterre. Plusieurs villes de fabrique ont éprouvé une grande déchéance; nombre de manufactures sont tombées. Les droits établis par ce traité , à l’entrée et à la sortie du royaume, avaient été si mal combinés, que dans plusieurs genres de marchandises les Anglais tiraient de France les matières premières, les renvoyaient fabriquées, et après avoir acquitté les droits d’exportation et d’importation, vendaient à si bas prix, que les fabriques françaises ne pouvaient soutenir la concurrence. >* ( Monthyon , Ministres des finances, p. 296. Voir encore, à l’appui de ce jugement, Bailly, Hixt. fin , t. II, p. 247. )
(2) « Et peut- on croire, disait le marquis de Lansdowne, que M. de Vergennes eût été si pressé de conclure ce traité, s'il n’avait été poussé par un objet puissant et secret ? Les ministres peuventils ignorer avec quelle fermeté M de Vergennes sc refusa à tout traité de commerce en négociant pour la paix ? »
ment était-il arrivé à ce terme? En faisant ressource cio tout : il avait marché par des emprunts, par des anticipations; il avait gouverné par des promesses, les plus vite usés de tous les moyens. La situation du trésor échappait quant au détail : on y savait masquer telle ou telle difficulté; mais l’ensemble ne pouvait plus être voilé. Où devait en être Galonné, au bout d’un système tel que le sien? 11 persiflait tous les plans d’économie, et il agissait selon ses discours. L’habile Galonné avait mis tout son savoir-faire «à donner : il avait donné «à plaines mains aux frères du roi, aux favoris de la reine, à tout ce qui était assez puissant pour mendier. Il n’avait compté à Versailles avec personne ; les gens de finance aussi avaient fait d’énormes gains autour de lui; on le voyait aliéner les domaines de l’Etat , à la convenance des particuliers, et en faire de véritables largesses sous simulacre d’échange. On l'accusait de mettre aux mains d’agioteurs, pour échauffer le crédit par des achats de rentes, de grandes sommes qui ne rentraient pas(i). On voyait les frais d’administration s’augmenter démesuré-» ment (a); d'autres ministres avaient tenté de réduire les charges, les pensions , Galonné les multipliait. L’Etat
(1) Monthyon, Ministres des fin p. 285.
(2) « Ce qui faisait huit divisions et coûtait trois eent mille livres du temps de l’abbé Terray , était transformé en vingt-huit départements, qui dépensaient trois millions. » (.Bailly , Histoire financière, t. II. p. 259.)