CHAPITRE V
Convocation des Notables. — Mort de Vergennes — Discours d’ouverture de C'alonne. — Travaux et opposition des Notables. — Renvoi de Calonne.
— Influence de la reine. — Elle porte au ministère le cardinal de Bricnne.
— Clôture de l’Assemblée. — Opposition du Parlement; rappel. — L’opinion soulevée contre la reine. — Coup d’État contre le Parlement. — Opposition des parlements de province. — Détresse croissante du trésor.
— Brienne consent à la réunion des États généraux. — Rappel de Necker. — Position extérieure de la France.
Le 29 décembre 1786, Louis XVI annonça, au sortir du conseil des dépêches , la résolution ou il était de convoquer les Notables. Une telle déclaration agita les esprits en les partageant; c’était le dernier coup de ressource deM. de Calonne , l’expédient annoncé par lui avec une si pompeuse suffisance , et qui devait tout réparer des dilapidations publiques. Il y avait fait souscrire Louis XVI , en lui citant l’exemple de Henri IV, qui avait eu aussi son assemblée des Notables. Il y avait fait adhérer M. de Vergennes, si opposé, par le tour de ses opinions, à un pareil projet , en lin montrant qu’une
assemblée des Notables porterait un coup accablant à la puissance du Parlement. Pour l’un, il avait mis l’histoire de moitié dans ses séductions, et pour l’autre il s’était adressé à une de ces passions liaineuses qui répondent toujours à l’adroit séducteur qui les évoque.
Mais le charme qu’il avait exercé sur le monarque et sur son ministre, il le retrouvait moins quand il s’agissait de l’opinion. Détrompée déjà par ses fautes, l’opinion , qu’il avait roussi par moments à éblouir, commençait depuis longtemps à comprendre qu’il n’était bon qu’à fasciner, et elle n’accueillit guère son nouveau projet qu’avec une curiosité incrédule. D’ailleurs, il faut le dire, quand un séducteur ne trouve plus le mot qui persuade , il tombe de haut : ce n’est plus qu’un menteur, et voilà précisément ce que Galonné était devenu pour la France*, la majorité des esprits n’était plus à lui. Quant aux classes qui l’avaient le plus appuyé, son projet les blessait dans leurs intérêts ou dans leurs préjugés. La noblesse et tout ce qui était resté docile aux leçons du pouvoir absolu se plaignit par dévouement à la royauté. On vit le maréchal de Richelieu demander ce qu’aurait fait Louis XI V au ministre qui lui aurait proposé une convocation des Notables.
Et pourtant, cette mesure n’était pas en soi un fait politique bien important et bien redoutable. Ce n’était guère que la création d’un conseil du roi plus nombreux ; comme tous les conseils qu’il était loisible