‹ Louis 16. et sa courChapitre 131 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

au prince d’appeler près de lui, les assemblées des Notables n’avaient que voix consultative , mais elles ne décidaient de rien. Elles étaient dans les coutumes de la monarchie , et quoiqu’on n’en eût pas vu depuis Richelieu, il n’y avait pas de raison tirée de ce que l’institution de la monarchie absolue avait de plus sévère , pour qu’on les laissât tomber en désuétude. Si donc, en 1787, leur convocation par Galonné produisit un grand effet, et pour certaines classes un si grand scandale, c’est que les pouvoirs mourants voient partout l’arrêt de leur perte; disons de plus qu’avec les idées anglaises qui entraient alors dans les esprits, toute réunion d’hommes assemblés pour délibérer sur les besoins publics semblait annoncer et présager un nouveau régime d’institutions.

La convocation des Notables n’était à proprement parler qu’une décoration pour les projets de Galonné. Poussé de faute en faute jusqu’à la limite la plus extrême, cherchant à faire ressource de tout, cet esprit qui savait si bien par quels moyens les hommes s’enlèvent, et quels spectacles il faut aux imaginations , avait cru que l’adhésion solennelle, éclatante, d’hommes choisis dans les divers ordres de l’Etat, donnerait à ses plans une grande influence. Quoi qu’il en pût être, il les avait arrêtés et soumis au roi, et Louis XVI avait pu y reconnaître des idées qu’il avait repoussées quand , plus pures et mieux enchaînées, elles portaient les noms

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do Machaut , de Turgot , de Necker. En effet, avec cette audacieuse légèreté qui faisait le fond de son caractère, Galonné avait pris partout ce qu’il appelait son système. 11 voulait supprimer les vingtièmes, frapper toutes les terres d’une imposition égale, et créer des assemblées de province; de plus, il abolissait la corvée, diminuait la gabelle, établissait la liberté du commerce des grains, et parlait de vingt millions d’économie. Quetaient-ce que de telles réformes sinon ce qu’on avait essayé déjà , ce qu’on avait interrompu , soit à un temps, soit à un autre , et ce qu’on allait reprendre en sousœuvre, de guerre lasse, de désespoir, d’impuissance, avec un homme bien moins capable, bien moins convaincu que ceux que l’on avait renvoyés? Disons-le hardiment, s’il y avait plus inconsistant que Galonné, c’était le cabinet , qu’il entraînait à la dérive de ses desseins!

La seide chose qui appartint réellement à Galonné dans cette confusion des idées d’autrui qu’il prenait pour sa conception, c’était la pensée d’une convocation des Notables. 11 craignait les refus d’enregistrement de la part des parlements, et il avait raison de les craindre. Si ces refus avaient eu heu quand des hommes aussi considérés que Necker et Turgot étaient ministres , à quoi ne devait pas s’attendre l’ancien procureur général dans l’affaire La Ghalotais, venant se faire aussi l’apôtre des réformes contre lesquelles les parlements s’étaient

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roulis? Certes, l'homme ici ne recommandait pas l’idée : la considération de la personne ne rejaillissait pas jusqu'au système; et poury faire obstacle, des rancunes s’ajoutaient encore aux préjugés. Galonné, qui prévoyait ces résistances, crut qu’il les surmonterait à l’aide de son assemblée des Notables. Accepteraient-ils scs idées? 11 faudrait bien alors que les parlements cédassent : l’opinion desNotableslessubjuguerait. Dans le cas contraire, il était décidé à aller jusqu’au lit de justice. S’il n’avait pas eu recours ail remède plus radical encore des Etats généraux pour imposer aux parlements, c’est que le seul nom d’États généraux jetait l’épouvante à Versailles, comme un premier coup de tocsin; et que lui-même se souciait peu d’y comparaître, chargé de ses iniquités administratives.

Déjà, nous l’avons vu plus haut, ce projet des Notables avait effrayé l’esprit de Louis XVI, et il avait fallu, pour calmer sa crainte , lui rappeler comme exemple celui de ses aïeux à qui il désirait le plus ressembler. Et ce n’était pas seulement le fond des choses qui avait déplu à Louis XVI dans les nouveaux plans de Calonne : il y avait vu du Nccker tout pur , comme il le dit dans un langage sans dignité (i). Enfin cel appel aux Notables

(1) Voyez Droz, Hist. du règne de Louis Xf 'I, t. 1, p. 469. On cite encore parmi les termes familiers de ce prince : « Je ne veux ni Nec braille, ni prétraitiez » ou encore d'inconvenantes plaisanteries sur le noble et vertueux Turgot : « Je crois toujours entendre

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de France offusquait son bon plaisir royal. Peu importaient, du reste, ces velléités, ces répugnances : la destinée de ce malheureux roi n’était-elle pas de faire toujours ce qu’il ne voulait pas, et cela, les yeux ouverts et voyant ce qu’il faisait? Galonné, qui avait tous les embarras de la situation pour en accabler cette volonté défaillante, ne ménagea pas l’indépendance de Louis X VI, cette indépendance que Turgot.et Necker avaient trop respectée. Il lui parla d’un déficit de ioo millions, qu’il fit attester par le garde des sceaux et par Yergennes; et non-seulement il le força à adopter ses idées , mais il lui fit promettre qu’il les soutiendrait envers et contre tous, même contre la reine, et, quoi qu’il pût arriver, qu’il ne s’en départirait pas.

Ce qui pouvait atténuer aux yeux de Louis XVI le danger d’une assemblée de Notables, ce fut le choix des hommes (pie Galonné y devait appeler. Le nombre en fut porté à cent quarante-quatre; presque tous appartenaient aux deux premiers Ordres. Ge tiers-état, qui devait jouer un rôle si prépondérant dans les assemblées publiques, ne tint qu’une place étroite et obscure parmi les Notables; il fut à peine représenté. C’était une de ces fautes comme il en échappait à Galonné, cet esprit contradictoire etincomplet, qui voulait la fin sans conscience,

nommer des chiens de chasse , disait-il , lorsqu’on me parle de tous ees économistes , Turgot, Baudeau , Mirabeau. » ( Ok'uv. choisies du prince de Ligne , p. 43ô.)

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