‹ Louis 16. et sa courChapitre 143 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ressortait de la nature des choses. Moins qu'un autre , Loniénie pouvait se refuser à un acte qu’il avait le premier proclame necessaire dans son opposition contre le ministre tombé. Il y consentit; mais la vérification qu’on espérait faire fut presque impossible (i). Comment aurait-on pu se fixer? le désordre des chiffres ne tenait pas seulement h une mauvaise éducation financière , mais aussi à des précautions coupables. Les dilapidateurs avaient masqué leurs infidélités sous des chiffres faux.

Du reste, quel que fût au juste ce déficit, il était énorme, et il fallait le combler. Telle était la tache du nouveau

(1) Il y avait un tel désordre dans tes chiffres de l’administration, qu’on ne jugea jamais bien clairement des charges et des ressources de eet écrasant budget. Les uns crurent à deux cents millions de déficit, les autres à cent ; beaucoup flottaient de cent trente à cent cinquante.

Un historien moderne , qui a apporté une grande application dans tout ce qui tient aux finances de cette époque, a prétendu que la somme de cent quarante millions, que l’on prit comme terme moyen et à l’aventure , aurait été trop faible « si les Notables avaient voulu réunir aux charges permanentes toutes les charges momentanées du trésor ; mais qu’elle était beaucoup trop forte si on l’appliquait à la différence entre les recettes et les dépenses fixes. « (Droz, llist. de Louis Xf'l, t. I, p. . r >13. )

Le même historien remarque encore , comme un trait caractéristique de l'audace d’esprit de Galonné, qu'il voulait ajouter, par prévoyance, onze millions en sus de cent quatre millions qu’il déclara, et qui étaient certainement au-dessus de la réalité , si on s’en rapporte au compte de Brieunc , présenté au roi en 1 788 , dans lequel le délicit permanent ne se trouve être que de cinquante-quatre millions; 54,929,540. (Voir Bailly, Hist.fin ., t. II.)

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ministre, cet amer critique de M. de Galonné, cet homme en qui les fortes têtes de son parti avaient mis un si grand espoir. Ilclas! quelle ne dut pas être leur surprise, quand ils le virent prendre les idées de l'homme dont il avait pris la place, le copier comme s’il ne l’eut pas blâmé, et le gâter même en le copiant. Ainsi, c’était éternellement la même absence d’idées , la même nullité de conception : Galonné avait pillé M. Necker, Loinénie à son tour pillait Galonné. C’était toujours l’idée de Necker, maltraitée, il est vrai, réduite presque au néant, dont on s’emparait comme d’une ressource. I^es changements que Brienne apporta aux plans de C.alonne furent des réductions sans génie, des concessions à l’esprit d’hostilité des Notables. 11 réduisit la subvention territoriale, qu’il fixa à quatre-vingts millions; mais on discuta ses projets comme on avait discuté ceux de son prédécesseur, et pour les mêmes raisons. Les corporations à privilèges qu’il avait en face de lui firent beaucoup de phrases, mais, en fin de compte, n’entendaient nullement se sacrifier. Brienne vit que rien n’avait changé que sa position. Le grand mot d’États généraux, prononcé déjà, il l’entendit plus souvent que Galonné lui-même. Gette idée commençait «à devenir puissante, et elle envahissait les esprits. Le marquis de La Fayette , ce chevalier de la liberté d’Amérique, qui cachait l’âme bridante d’un apôtre sous les manières élégantes et froides d’un grand soigneur,

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