CH API TUE V
puis est devenu célèbre, Mounier, esprit étendu et lumineux, furent invincibles autant à l'astuce qu'à la force, et le gouvernement céda encore. Ainsi, il restait acquis à la France entière que les prétentions des ministres étaient plus grandes que leur pouvoir et même que leur courage; mais elles n’étaient pas plus grandes que leurs illusions.
En effet, qui le croirait après cela? Au milieu de ce soulèvement universel qu’il avait provoqué et qu’il ne savait ni apaiser ni réduire, Brienne se pavanait encore dans une folle sécurité. Il disait , avec de grands airs profonds, qu’il avait tout prévu, même la guerre civile (i). S’il avait prévu le mal, que faisait-il devant? f.e roi 7 disait encore Brienne , sait se faire obéir ; et
cependant la désobéissance levait la tête de partout , publique , effrénée. U répétait ce peu de mots à satiété, comme s’ils avaient cacbé quelque mystérieuse influence. Mais , pareil, si on peut le dire, au magicien vaincu par le démon qu’il a déchaîné, il lui aurait fallu d’autres formules pour le soumettre. La révolte se multipliait sur tous les points du royaume; le clergé lui-même venait de s’opposer autant que les autres ordres de l’Etat, à ce ministre sorti de son sein. Comme la noblesse , des prêtres demandaient les États généraux à l’archevêque ministre. Les représentations du clergé contre laf’our plé-
(I) Droz, Uist rie louis XI 7, t. Il, |>. T(î.
nière avaient été des plus vives cl des plus nettes, il avait meme trouvé qu’attendrecinq ans les États généraux devait épuiser la patience du pays. Ces remontrances, qui furent les dernières (juin 1788 ), donnent la mesure du pasdegéant qu’avait fait l’opinion depuis cinq ans. Pressé, presque terrassé par tant d’exigences , et de la part de ceux dont il devait le moins les attendre , le malheureux Brienne n’appelait pas la pitié sur son impuissance : hébété de vanité, il était tombé dans une idolâtrie inerte de lui-même. Les gouverneurs de province venaient l’entretenir des angoisses et des impossibilités de la situation qu’il leur avait faite; il leur répondait, avec la brièveté d’un oracle, quelques paroles officielles et vaines. Pour peu qu’on n’eut pas perdu tout sens et toute dignité, on ne pouvait rester ministre avec un tel homme, et partager la responsabilité de ses périlleux travers. Breteuil lui-même, un favori, et qui respectait tant la faveur, commençait à comprendre que cette faveur peut s’égarer quelquefois ; il dirigeait la police , et il donna sa démission , de mépris.
Ainsi, la défection commençait de pénétrer jusqu’à Tria non : c’était là que Briennc avait été pris pour le Richelieu de la monarchie en péril , et là aussi , comme partout, les têtes les plus frivoles de France commençaient à entrevoir qu’on s’était bien étrangement abusé. La reine, si longtemps dupe de son affection pour l’archevêque, entretenait sur son compte des illusions qu’elle