‹ Louis 16. et sa courChapitre 154 sur 193 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

dt' son commandement militaire; Rohan perdit une pension de dix mille livres, et la duchesse de Praslin son emploi de dame d'atours de la reine. Mais les Bretons prirent les armes, et envoyèrent une députation nouvelle pour remplacer les douze prisonniers. <* Ils étaient résolus, dit un contemporain, de les multiplier ainsi, à mesure qu'on les emprisonnerait, jusqu'à l’insurrection totale de la Bretagne, si le roi ne cédait pas à leurs représentations (i). » La cour eut peur de ces tètes de fer; au moment où elle cédait, cinquante autres gentilshommes se dirigeaient sur Versailles, pour appuyer les premières députât ions. Rien d’imposant comme l'imperturbable persistance de ces hommes , arrivant fièrement sur Versailles, comme les flots d’une mer qui monte, pour soutenir leurs frères emprisonnés. Pendant ce temps-là , toute la province était en armes, et l'intendant Bertrand de Molleville faillit perdre la vie plus d’une fois.

Mais ce fut à Grenoble que les désordres prirent le plus terrible caractère : l’insurrection s’y étendit dans des proportions effrayantes. C’était M. de Clermont- Tonnerre qui commandait dans cette ville et dans la province. Quand il reçut l’ordre d’exiler les parlements, le peuple sonna le tocsin, qui gagna, comme le feu, de clocher en clocher, jusqu’à la frontière du Dauphiné.

((») Me ni. du règne de Louis ATI, t. VI, p. 207.

Les paysans descendirent des montagnes, et fondirent sur Grenoble; ils enfoncèrent les portes de la ville, battirent la garde de Clermont-Tonnerre, pénétrèrent jusque dans son bétel, et, la hache levée sur sa tête, le menaçant de le pendre immédiatement au lustre de son salon, lui firent signer la révocation des ordres qu’il avait reçus. Ils attaquèrent les troupes royales , les repoussèrent, en furent repoussés, et on ne sait où serait allée cette jacquerie parlementaire, si les gentilshommes, en se mettant à la tête du mouvement, ne l’eussent régularisé. On les vit jurer sur leurs épées et sur le tombeau de Bayard, de défendre lesdroits du Dauphiné jusqu’à la dernière gouttede leur sang. Le pieux Pompignan,

archevêque de Vienne, prêta lui-même ce serment

contre le coup d’Etat de la cour. Ix;s Ordres s’assemblèrent au château de Vieille ; là, ils arrêtèrent le l'appel du

parlement dauphinois, la demande des Etats généraux, celle des états de la province, avec une double représentation pour le tiers, le refus de tout impôt jusqu’aux Etats généraux, et au rétablissement préalable de la magistrature ^i). La cour, attérée par de telles résolutions, voulut tourner la difficulté, en rendant les états de la province aux Dauphinois, mais en essayant de les organiser à son gré. Elle ne put venir à bout de cette entreprise. Les Dauphinois, conseillés par un homme qui de-

(I) Mém. du règne de Louis XI 7, t. VI, p. 210.

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