‹ Louis 16. et sa courChapitre 158 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

souffert la retraite de Loménie de Brienne ? On peut en douter. Elle croyait montrer un beau caractère en soutenant un aini contre tous les Ordres de l’État. Femme courageuse et de belle attitude au sein de cette cour affaissée, agissant mal, mais capable du bien, qui eût été tout autre, presque grande , en de meilleures mains, et qui désarme la sévérité de l’histoire parce qu’elle s’est ennoblie dans la souffrance et dans la mort. L’idée qu’clle résistait à toute une nation révoltée lui faisait rejeter en arrière sa belle tète, et lui donnait des émotions de fierté chevaleresque et de colère. Dans son trouble, elle ne voyait pas que la France, sous Brienne, était non-seulement à bout de ressources , mais qu’elle tombait chaque jour du rang des monarchies en Europe. Et en le voyant mieux , Marie-Antoinette en aurait souffert : elle était fille, après tout, de Marie-Thérèse; elle était la femme du roi de France ; l’intérêt de la monarchie, de la couronne qu’elle portait, pouvait-elle l’oublier? Depuis que Brienne avait dirigé les affaires étrangères, c’est-à-dire depuis la mort de Vergennes, le cabinet de Versailles avait perdu son reste d’ascendant sur les cabinets de l’Europe. Ce que Brienne avait été visà-vis des difficultés de l’intérieur, il le fut vis-à-vis des embarras du dehors, que Vergennes en mourant lui avait légués.

En effet, les jours qui suivirent la paix de Versailles n’avaient pas été beaux : Vergennes avait signe le traite

de 1786, l'honneur de Pitt et l’une de scs premières victoires diplomatiques, Ce jeune homme, qui n’avait d’adversaire digne de lui enEuropequele grand Frédéric, alors sur son déclin, avait préludé à la politique de soulèvement qu’il a depuis déchaînée sur le monde, par la révolution de Hollande. La Hollande avait été notre alliée dans la guerre d’Amérique ; elle nous était restée fidèle; c’était une nation mari tinte , toutes raisons pour que Pitt lui cherchât des dangers et lui préparât des revers. Il avait été hlessé de notre traité de commerce avec la Russie (1786). Ce traité, signé par Ségur et surpris à la vigilance du ministre anglais, Fitz-Herbert (1), était métamorphosé par la jalouse Angleterre en traité d’alliance. Elle le répétait incessamment à la Porte, qui avait fini par le croire. Inquiète alors d’une guerre qu’on pouvait porter chez elle, la Porte reprit les armes contre la Russie, et, secondée par l’Angleterre, elle excita le roi de Suède, Gustave 11 J, à sa hardie et vaine expédition sur Saint-Pétersbourg. Cette perte de notre influence en Orient n’était point assez pour l’héritier de Chatain : il crut nous faire plus de mal encore en nous attaquant en Hollande. Dans la guerre des Américains, le stathouder Guillaume V avait servi, autant qu’il l’avait pu, les intérêts de l’Angleterre, qui devait l’aider, en récompense, dans des projets utiles à son autorité. Il souffrait

(f ) Flassan, Histoire de la diplomatie, tome V II, p, 435).

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