‹ Louis 16. et sa courChapitre 164 sur 193 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Second ministère de Necker; scs mesures de finances; ses desseins |>oUtiques. — Seconde assemblée des Notables. — Mouvement des esprits à l’approche des États généraux. — Sentiments des différentes classes. — Écrits divers. — Ordonnances de convocation des États. — Mode d’élection. — Incidents. — Cahiers des trois Ordres. — Conclusion .

« Je me rendis à Versailles, ditM. Neckcr. Le roi voulut me voir dans le cabinet de la reine et en sa présence. U éprouvait, dans sa grande bonté, une sorte d’embarras, parce qu’il m’avait exilé l’année précédente. Je ne lui parlai que de mon dévouement et de mon respect ; et de ce moment je me replaçai près du prince ainsi que j’avais été dans un autre temps (i). » On lit encore, que ce fut avec tristesse que Necker reprit les affaires, et qu’il dit en ouvrant le message du roi : « Il est trop tard (2). »

(1) Mémoires de Necker, t. I, p. 49, éd. in-18 ; Paris, 1831.

(2) OEuvres complètes de Necker , t. I, Notice par le baron de Staël, p. 229.

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Il était trop tard, en effet, pour renouer la chaîne de son premier ministère, trop tard pour continuer les choses par la seule vertu du pouvoir. La nation avait rendez-vous pour y travailler elle-même. Si Necker s’en effraya, sa rentrée aux affaires fut un sacrifice, un acte de soumission à la royauté. Cette fois encore c’était à l’homme de finance qu’on avait recours; la banqueroute était imminente. Cet homme tant de fois nommé, tant de fois redemandé par le vœu public, vit son retour salué par un inconcevable transport. En beaucoup de lieux ce fut un délire : Necker était fêté de toute la haine qu’on portait à B rie une; tout Paris illuminait pour le renvoi de l’un , en même temps que pour le retour de l’autre. Ce furent partout des feux d’artifice , des acclamât ions populaires , des réjouissances qui rappelaient ce qu’on avait vu lors de la chute deTerray,ce vampire du fisc. Plusieurs fois ces fêtes se prolongèrent dans la nuit avec des caractères inquiétants.

Tout concourait alors à échauffer Paris; à la fermentation des idées s’ajoutait l’irritation des besoins. La ville se remplissait de vagabonds, et d’affamés chassés des campagnes; l’extrême misère et un vague instinct d’événements les poussait vers Paris, Cette grande misère d’alors tenait à bien des causes : détresse des finances qui pesait sur les affaires et suspendait tout ; dureté de l’action fiscale plus impitoyable envers les petits; monopole des maîtrises, qui redoublait de ri-

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gueur depuis le traité de commerce avec F Angleterre, dont se mouraient plusieurs industries; enfin une disette imminente qu’un hiver terrible allait accompagner. Ces bandes misérables, qui erraient et mendiaient dans Paris, s’émurent brutalement au renvoi de Brienne ; leur joie fut effrénée et tenait de leurs souffrances. Le peuple s’assembla sur plusieurs points, à la place Dauphine, il brisa les vitres de ceux qui n’avaient pas illuminé; sur le Pont-Neuf, il obligeait les passants de pousser des cris! On babilla un mannequin en archevêque, on le jugea , puis on lui fit faire amende honorable , la torche au poing , et on le brûla devant la statue de Henri IV (i). I*i police, qui sembla d’abord fermer les veux , sévit tout à coup avec dureté : les troupes chargèrent contre les rassemblements, et le lendemain le peuple , furieux des coups de sabre de la veille, se rua sur les corps de garde. A la Grève, une vive fusillade jeta sur le carreau vingt-cinq jeunes gens. Les Suisses et les gardes françaises rétablirent l’ordre; mais dans les provinces il fut cruellement troublé. Effrayé, malgré les adoucissements apportés à sa disgrâce, des manifestations de cette joie terrible, Brienne, commcCalonne, qui s’était enfui en Angleterre, s’en alla furtivement en Italie, chercher son chapeau de cardinal.

(I) On arrêta un ecclésiastique qui passait, on le surnomma l’abbé de Vermond, et on le contraignit de confesser le mannequin, (f/ist. parlent., t. 1, p. 253.)

Des hommes qui avaient fait cause commune avec le Parlement se firent voir, à Paris, au milieu des scènes populaires. Le duc d’Orléans s’y laissa entraîner, et on l’accusa d’avoir payé l’émeute. On accusa aussi l’Angleterre; mais quand les passions font le désordre, faut-il se demander qui l’a payé? 11 y avait eu les mêmes excès au renvoi de Maupeou, le destructeur du Parlement comme Brienne, La bazoche prenait sa part de ces tumultes; la magistrature en jouissait, comme d’autant de marques de sa popularité. « La plupart de ses membres, a dit un historien , trouvaient fort naturels et même utiles des désordres qu’ils appelaient une manifestation de l’opinion publique (i). » Aussi mirent-ils plus de reconnaissance que de sévérité dans leurs arrêts de répression. Ce corps ne se trouvait d’ailleurs vengé qu’à demi par la chute de Brienne. I^unoignon avait été son bras droit dans ses conflits avec le Parlement, et il n’était point tombé. Il tenta de se maintenir après Brienne, comme il y avait réussi après Galonné; niais il était poursuivi par une telle clameur, que Neckcr exigea son renvoi; la reine s’y prêta; elle n’avait pu soutenir Brienne, et se trouvait offensée que le chancelier fut encore debout. L’archevêque avait emporté dans sa chute huit cent mille livres de pensions et de bénéfices ( 2 V, Lamoignon voulut de même ses dédommagements. On

(I) Droz, I/ist. de Louis .Y/7, t. Il, j). 9!. {'2) I/ist. partent., t. I, p. 2. r >2.

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