CHAPITRE VI. 39o
dans ce moment aucune grande disposition qui eut trouve des obstacles insurmontables dans la faiblesse et le discrédit du gouvernement... Il n’est aucun temps de l’administration deM. Necker où il ait montré autant de courage, d’adresse, de sagacité et de talent. Ses industrieuses et justes combinaisons, et le succès qu’elles ont obtenu, tiennent du prodige; et cependant ce n’est point l’époque de son administration qui a été l’objet des éloges de ses partisans, parce que les hommes sont plus touchés, plus reconnaissants du bien qu’on leur but que des maux qu’on leur évite, lors même que le service est le plus grand (i). »
En effet, l’œuvre administrative de Nccker était
éclipsée par la grande question politique qui s’agitait.
Tout était rempli de l’attente des Etats généraux; le gouvernement les avait promis et les devait assembler pour le I er mai de l’année suivante. Mais ce grand pouvoir de la nation mal défini , tombé dans l’oubli depuis deux siècles, soulevait les questions les plus controversées. Comment se composerait l’assemblée? Quelle part y aurait le tiers état? Quel caractère donner au droit électoral ? Ou serait le siège de l’élection ? Eu fin comment se ferait le vote au sein des États généraux ? En consultant le passé, on y trouvait autant d’irrégularité dans la forme de ces assemblées, qu’il y avait eu d’irré-
(I) Montliyon, Particularités et Observations sur les ministres des finances, p. 312.
LOUIS XVI ET SA COL' II
gularité dans leur convocation. Brienne, qui manquait d'idées sur tous ces points, avait invité les cours , les académies et tous les habiles à donner leur avis; mais il ne voulait qu’embarrasser le débat dans un conflit d’opinions contraires, et y trouver un prétexte d’échapper à ses engagements. Toute la France fut agitée d’écrits sur la matière. Le Parlement de Paris, rentré en fonctions le 24 septembre, arrêta, en enregistrant l’édit, dès
le jour de son installation , que les États généraux se-
raient assemblés selon la forme des Etats de i 6 i 4 souvenir de ces États lui était cher parce qu’ils avaient fléchi sous la verge du Parlement ; parce qu’ils avaient offert la composition la plus aristocratique; parce que le tiers état y avait été faible et humilié , et qu’ils n’avaient rien donné qu'un vain spectacle. C’en fut fait dès lors de la popularité du Parlement. L’opinion, trompée par cet arrêt, se retourna contre son égoïste allié, et jeta une clameur terrible contre lui. On repoussa, on flétrit l’arrêt, en dévoilant dans mille écrits ce qu’avaient été ces États de 1 6 1 4 , que le Parlement offrait comme modèle : on put juger de la bonne foi qu'il avait mise à les demander.
Il appartenait au gouvernement de régler ces questions, tant que le pays n’était pas assemblé. Mais Necker ne l’osa pas; avait-il lui-même des vues affermies? Savait-il bien d’avance ou l’on allait?
Ce grand financier n'avait en politique que des idées