CHAPITRE VI
anglaises, un peu vagues, qui le gênaient dans cette position indécise entre la cour et la nation. Il avait le pressentiment des institutions modernes, et il sentait d’avance un certain malaise à se trouver en face de ces vieux Etats généraux, dont il prévoyait la confusion et les orages. Il avait au fond peu de goût, peu d’estime pour ces restes d’administration de l’ancienne France; il venait de l’étranger, et il n’éprouvait pas pour ce passé le faible des premières habitudes ( i). 11 semble que Necker eût vécu plus à l’aise devant deux chambres législatives, ce type anglais qu’il avait dans l’esprit. Il hésita en face des difficultés auxquelles il avait dû s’attendre, et ne maîtrisa pas la situation. Dans le maniement des affaires, Necker n’était pas , si on peut le dire, un homme d’Etat d’avant-garde; il n’était ni assez prompt, ni assez convaincu , ni assez dominateur pour tracer la route et se faire suivre; il n’était pas fait pour de si grandes luttes , pour courir à pareille heure la chance des événements ; il était de ceux qui conviennent non à l’origine, mais sur la fin des révolutions, pour lesmodérer, pour les asseoir, et faire transiger dignement les partis fatigués.
Necker trouva la promesse des Etats généraux toute faite, quand il succéda «à Brienne; il jugea bon encore de laisser décider par d’autres leur mode de convocation.
(I) Voir Necker, Mèm . sur la Révol. fr., 1. 1, |>. 50, Gf , passini.
LOUIS XVI HT SA COL' it.
Pour cela , il eut l’idée de réunir de nouveau ces Notables qu’avait appelés Galonné deux années auparavant. Neoker se flatta, dans son grand respect pour l’opinion, que cette assemblée de nobles et d’évêques n’oserait contre-carrer le vœu public si fortement exprimé. Puis, ce besoin d’approbation universelle , qui était sa grande faiblesse, lui conseillait aussi ces ménagements pour les hommes du privilège. Mais cette transaction fut maladroite , et ne fut utile à personne. La posit ion de Necker en perdit de sa force, et l’opinion se refroidit pour lui, ne comprenant passes précautions: n’était-ce pas se montrer aussi inconséquent que Galonné lui-même, que d’appeler encore une fois ces mêmes hommes à prononcer pour la nation! On connaissait leur esprit ; ils avaient lassé tout le monde; ce n’était plus qu’un instrument usé.
Les Notables reparurent le G décembre 1*788; on les fit délibérer sur plusieurs questions ; la plus importante, c’était de savoir ce que serait la représentation du tiers état. Convenait-il de la doubler et de la rendre égale à celle des deux autres Ordres réunis? G’est là ce que l’opinion réclamait ; c’était la thèse soutenue dans de nombreux écrits. Des publicistes, des avocats, des gens de lettres l’avaient débattue; la raison était pour eux; l’histoire aussi semblait venir à l’appui de leur opinion; ils montraient que dans les précédentes assemblées le tiers état avait figuré en plus grand nombre que chaque