‹ Louis 16. et sa courChapitre 174 sur 193 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

instantes étaient presque toujours couronnées de succès (i). » Une de ses premières mesures, sitôt qu’il fut à meme d’apprécier le déficit des récoltes, fut d’interdire l’exportation (arrêt du 7 septembre 1788). Il proposa des primes aux négociants; il forma des entrepôts, rétablit à l’intérieur les transports arrêtés par l’hiver; mais tout était difficulté : tous les liens politiques étaient relâchés; les subordonnés n’obéissaient plus; le travail était en stagnation; le négoce, effrayé de l’effervescence

populaire, se refusait a agir pour son compte, et refu-

sait même les commissions du gouvernement. L’Etat fut obligé de traiter lui-même , et ses achats s’élevèrent à plus de soixante-dix millions. Il fallut trouver du numéraire, car on refusait le papier de France à l’étranger. On s’explique à peine comment fut rassemblée une

pareille somme. M. Necker engagea sa fortune; il don-

liait sa caution pour l’Etat (2). Honorons ces grands exemples de générosité politique ; les qualités de Necker, parleur contraste, font de lui un homme à part : esprit pratique, rompu aux affaires, avec un caractère dont la pureté touchait à la grandeur : capacité de détail, génie d’administration et de finance, avec un tour de pensée contemplatif et généralisateur.

Au moment de l’ouverture des États généraux, Nec-

(1) OKue. compl. deMecker, Notice, 1 . 1, p. 281.

(2) Idem y ibid p. 280.

ker proposa à un négociant etranger de se charger des approvisionnements de Paris; et comme la situation de la France inspirait peu de confiance à cette maison, Necker offrit sa caution particulière sur toute sa fortune. « De quels moyens n’ai-je pas fait usage? s’écrie-t-il. C’était l’occupation de tous mes jours et de tous ines instants; car, indépendamment de la situation critique de Paris , les courriers arrivaient de toutes parts pour m’annoncer des besoins imminents , tantôt dans un lieu et tantôt dans un autre. Un jour, après trois heures d'absence et en descendant de chez le roi , ma cour m’en parut remplie; ils s’empressèrent de me remettre tous ensemble les dépêches dont ils étaient chargés... Dans le cours de la nuit, on venait me réveiller pour signer, pour dicter une instruction pressante, pour donner les ordres qu’exigeait un secours indispensable, pour faire cesser par quelque voie d’autorité l’interception d’un convoi, pour suppléer par une disposition extraoruïnaire à des fonds qui avaient manqué dans un lieu où des achats avaient été commandés, etc. (i). »

(1) Voici un fait qui permettra de juger le caractère de Necker et celui de son successeur, en juillet 1780. La première lettre que reçut le baron de Brcteuil , en entrant au contrôle général , fut la réponse de MM. Hope à l'offre que M. Necker leur avait faite de sa caution... « Que signifie cette lettre? demanda M. de Breteuil. — Vous le savez , lui répondit-on ; ce sont MM. Hope qui acceptent la caution personnelle de M. Necker, et lui demandent ses engagements : doisje leur écrire que vous leur donnerez la garantie promise par votre

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