‹ Louis 16. et sa courChapitre 23 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grades au dehors, et qui avait tant à faire oublier, d 'afficher dès l’abord des prétentions superbes, et démettre à si haut prix des services que la modestie ne rehaussait pas.

Telle était l’humeur de Saint-Germain qu’il rêvait partout complots et vexations; il voyait dans la correspondance de ses supérieurs des duretés et d’insupportables persiflages ; il se figurait que l’on cherchait à perdre les batailles pour le mystifier (i). Son imagination était vive et sa vanité intraitable, et il mettait dans ses colères beaucoup d’originalité : « Je suis, disait-il, « dans la position d’un homme nu exposé aux guêpes. . . « On me traque... on veut me rendre plus malheureux « (jue les pierres, on me persécute à feu et à sang. » J. J. Rousseau lui-même, à la tête d’une armée, n’eût pas vu plus de traîtres à ses côtés.

Saint-Germain, malgré toutes ses visions, entendait la guerre, et jouait à l’armée un rôle important : supériorité de circonstance qui venait de la pénurie des temps. Les troupes l’aimaient comme un homme qui s’était fait lui-même, et qui sympathisait avec l’esprit du soldat. Dans cette triste, dans cette honteuse guerre de Sept-Ans, Saint-Germain avait pu se signaler à peu de frais. A Rosbach, on lui faisait un grand mérite d’avoir du moins un peu combattu; à certaines affaires, il

(I) Soulavie, Mém. du règne de Louis A77, t. III. — Méin. de Besenva! , t. II, p *243.

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avait, disait-on, mieux fait que ses rivaux : « il avait fui moins loin (i). » Mais il fallait, pour conserver un homme si nécessaire, que le gouvernement se résignât à négocier perpétuellement avec lui; il imposait ses conditions, récriminait avec violence; il fallait que le ministre se déplaçât quelquefois pour aller le fléchir. Enfin il menaça de partir encore, comme cela lui était arrivé tant de fois. On le conjura de surseoir, au moins pendant quelques semaines, à cette menace; on tenta de l’apaiser une fois de plus par des promesses; il fut inflexible : il renvoya fièrement son cordon rouge, et partit.

Ce fut en Danemark que se retira cette fois ce déserteur incorrigible. Il y fut fait maréchal et ministre de la guerre; il y réforma le régime militaire sans beaucoup de succès, et finit par se retirer mécontent, comme toujours. La mort de Louis XV lui permit de rentrer en France. Décide au repos, après une vie si agitée, le comte de Saint-Germain avait à jHiine choisi une retraite tranquille, qu’une autre catastrophe vint le frapper : une banqueroute engloutit toutes ses épargnes. Il trouva contre un malheur si réel plus de force d’âme et de philosophie qu’il n’en avait opposé à ses malheurs imaginaires. Il se rappela Catinat dans sa retraite, lui qui n’avait guère pratiqué sa constance sereine et sa modestie. 11 supporta sa pauvreté en sage, cultivant son

(I) Lacrrtellc , Hist. du dix-huitième siècle, t. IV, p. :iS2.

CHAPITKE P HEM I Eli.

jardin, faisant des plans de réforme militaire et des exercices de haute dévotion. Véritable templier, à la fois batailleur et mystique, il avait conservé sous la tente des restes de sa première vie. C’était un jésuite chevaleresque qui tenait singulièrement de Loyola.

Tel était ce nouveau ministre de la guerre, destiné à concourir aux projets de deux ministres philosophes qui l’avaient choisi sur la recommandation d’un abbé ( i ).

Au moment ou l’armée allait se modifier comme la finance, le clergé se leva pour demander une réforme aussi; mais ce n’était pas sa propre réforme, qui pourtant n’eut pas été moins nécessaire que celle des autres corps de l’Etat. Si l’esprit sacerdotal n’était pas, de sa nature, durement fermé à toute idée nouvelle, on aurait pu croire qu’en présence de tant d’abus (pie le clergé était impuissant à cacher, les besoins généraux de l’époque l’avaient maîtrisé jusqu’à lui conseiller de demander sa réformation à lui-même. Mais ce n’était pas un tel clergé qui pouvait donner l’exemple d’une impartialité si haute et d’une si noble pureté d’intention. En cette année 177 5 , au lieu de confesser ses fautes avec une habileté courageuse, au lieu de sévir par la main de ses prélats les plus fermes, et contre le relâchement. de ses doctrines et contre l’indiscipline de ses mœurs, le clergé fit la confession de tout le monde, et

(!) L’abbé Dubois, ami de Malesherbes. — Soulavie, Mèm. de /.unis A! I , t. III, p. GO.

demanda pour tous, excepté pour lui, les sévérités du pouvoir. Le liant clergé jugeait bien le mal dont il était atteint, comme tout le siècle; il sentait bien qu'il penchait dans l’opinion des peuples , et cela l’inquiétait plus que tout le reste. Il demanda donc l’intervention de la puissance séculière pour relever et maintenir la position morale qu’il avait lui-même compromise. Certes il avait raison de chercher un point d’appui dans cet ébranlement des mœurs et des croyances , mais ce n’était pas hors de son sein qu’il pouvait le trouver.

Déjà il avait poussé de grandes plaintes dans ses précédentes assemblées ; il v dénonçait principalement la marche des idées qui l’emportait lui-même , l’attitude des églises protestantes, et la liberté de la presse. M. de Pompignan, archevêque de Vienne, qui avait fait un travail sur l’état des mœurs et de la religion, fut chargé d’adresser au roi de nouvelles remontrances. Le choix de ce prélat était digne et convenable ; mais que dire des hommes qu’on lui adjoignit? L’archevêque de Toulouse Loménie de Brienne, et l’abbé de Talleyrand-Périgord, récemment élu promoteur du clergé de France, contrastaient par leurs mœurs, par leurs idées, avec une mission de cette nature et aussi avec la robe dont l’intérêt de leurs familles les avait revêtus. Il était public que Loinénie de Brienne ne croyait pas en Dieu; Louis XVI, si respectueux pour les prêtres, l’avait dit , lorsqu’on parla de le créer archevêque de Paris :

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