‹ Louis 16. et sa courChapitre 40 sur 193 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pamphlets pleuvaient. Madame Necker, blessée au vif dans la vanité de son mari, allait, tout éplorée, prier M. deMaurepas, qui riait bien d’une si naïve démarche, d’arrêter le torrent de ces publications agressives. Necker semblait abandonné au bout des premiers six mois de son ministère. Il avait perdu une partie de la famille royale, une portion considérable du conseil, les familles de la plus haute magistrature, les administrations secondaires et les compagnies qui avaient des baux ou des titres onéreux avec le roi. Mais s’il n’avait plus ceux qui se comptaient , il avait ceux qui ne se comptaient pas; l’opinion des provinces le soutenait. Le parlement de Metz, faisant fonctions de cour des comptes, lui écrivait pour le féliciter de la manière habiledont il pratiquait les finances. Les éclaireurs de l’opinion publique, les hommes de lettres, si puissants, n’avaient pas déserté sa cause. En le voyant si actif à l’œuvre, ils s’étaient, pour ainsi dire, serrés plus étroitement autour de lui. Son salon, qui toujours lui avait été si utile, avait gagné d’importance en succédant au cercle de madame Gcoffrin. A cette dernière heure de la monarchie française, en ce pays oii la conversation était dans les mœurs, l'influence d'un salon était immense; elle remplaçait celle des journaux, qu’on ne connaissait pas encore, et qu’elle annonçait en la précédant.

Et d’ailleurs ce n’était pas merveille que les hommes de lettres, les penseurs, les esprits avancés, toutes les

forces intellectuelles de la société fussent avec Neckcr. N’était-ce pas leurs idées qu’il réalisait? Ne réformait-il pas dans le sens qu’ils avaient indiqué déjà depuis longtemps? Quand, par exemple, il supprimait les caisses royales pour en réunir les fonds au Trésor, ce qui mit contre lui tous les receveurs généraux, ceci n’était que l’acte du financier intelligent; mais quand il fixait (en 1780) (1) la quotité de la taille et de la capitation taillable, ne gouvernait-il pas sous la dictée du parti philosophique, qui, depuis des années, dénonçait au bon sens public cet odieux impôt? S’il ne l’abolit pas entièrement, la faute en fut aux nécessités de la guerre, qui lui fit aussi conserver l’établissement de la loterie, dont il avait, dit-il, renvoyé la suppression à la paix .

Mais ce (pii le vengea surtout des agressions de tous ces hommes déplacés par lui et sacrifiés à l’économie, ce fut la manière dont ses plans de finance et ses réformes furent jugés par les gouvernements de l’Europe. Il veut là de grands éloges, d’éclatantes adhésions : le roi de Suède, Gustave III , écrivait au comte de Creutz qu’il « voulait imiter M. Necker. » Le duc de Richmond parlait de lui avec enthousiasme en pleine chambre des lords, et souhaitait à l’Angleterre une administration pareille à celle (pie Necker avait donnée à la France. D’un autre

(I) V. In Déclaration du 13 février 1780, concernant la taille et la capitation.

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