‹ Louis 16. et sa courChapitre 47 sur 193 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

dans la sphère du pouvoir. La cour, les hauts dignitaires, les nobles, le clergé, y avaient plus d’empire que cette puissance du dehors à qui Necker, il faut le dire, avait déjà fait faire de grands pas. Malgré les marques publiques de considération qu’il avait données au clergé, il ne trouva dans ce vaste corps que deux minorités favorables : les évêques philosophes , tels que les Dillon, les Loménie, les Boisgelin, les Colbert, les Cicé, et quelques prélats dévoués à M. de Beaumont, archevêque de Paris, ennemi juré des évêques philosophes, et qu’un procédé généreux de Necker lui avait profondément attaché; excepté ces deux extrêmes, le clergé haïssait bien plus le calviniste qu’il n’avait de raisons pour être hostile au directeur général.

Mais ou l’opposition était emportée et redoutable, c’était à la cour. La radiation des charges de la maison du roi et de la reine, qui avait atteint jusqu’au prince de Condé lui-même (i); la suppression des quarantehuit receveurs généraux, dont tant de grands seigneurs étaient les patrons intéressés, y avaient créé d’incroyables haines. Cromot et Bourboulon, directeurs des finances de Monsieur et du comte d’Artois, employaient contre Necker toutes les machines d’intrigue; et Maurepas, s’il eût pu être autre chose qu’un vieillard moqueur, serait devenu sérieux par sa haine. Une critique du Compte rerulu, ouvrage effronté de Bourboulon, parut

(1) Il était grand maître de la maison du roi.

alors. Necker exigea que tous les faits qui étaient contestés dans cet écrit fussent publiquement vérifiés, et ils le furent en conseil par ses ennemis memes, Maurepas, Miromcnil et Vergcnncs. Certes, cette réponse aux calomniateurs était digne du caractère de Neckcr; mais cela ne suffit pas à sa fierté. Il demanda l’entrée au eonseil; il avait besoin de ce témoignage de la confiance du roi. Tous les jours il sentait que son autorité allait s’affaiblissant dans sa main; que les influences les plus contraires à ses vues de finance et de gouvernement enveloppaient Louis XVI . Plus que jamais il comprenait que ses idées, s’il n’était là pour les défendre, ne tarderaient pas à succomber. Mais déjà il était usé dans l’esprit de ce roi qu’on avait désanchanté de Turgot, et sa demande ne fut pas entendue. Maurepas, toujours ironique, eut soin d’ajouter l’outrage au refus, en lui faisant savoir qu’il aurait place au conseil, pour peu qu’il abjurât sa religion. Necker, blessé, envoya sa démission au roi dans une lettre courte et respectueuse (19 mai 1781). Il ne sut pas attendre : sa fierté manqua de patience. Quelques mois plus tard, Maurepas mourait, et Neckcr pouvait devenir le maître delà situation.

Ce fut un grand bruit dans le monde que cette retraite et cette disgrâce; la France s’en émut, et aussi l’Europe. I^a France, celle du moins qui ne tenait pasdansle cercle étroit d’une classe de privilégiés, regretta avec un deuil enthousiaste l’homme (pii avait tant fait pour elle. Parmi

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