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cos privilégiés eux-incmes, il y en eut qui pensèrent comme la France alors. Ainsi, la reine pressa Nccker avec instance de reprendre sa démission, et pleura en le voyant s’éloigner. 11 était nuit quand furent versées ces larmes de Marie- Antoinette, et Nccker ne les vit pas couler. « Si j’avais aperçu ces larmes, dit-il avec un senti- « ment chevaleresque , j’y aurais sacrifié ma réputation « et mon bonheur. » Madame Louise, la tante du roi , lui écrivit de son couvent. On vit les ducs d’Orléans et de Chartres , le prince de Condé , le prince de Beauvcau , le duc de Luxembourg, le maréchal de Richelieu, l’archeveque de Paris , aller le visiter à Saint-Ouen , oii il s’était retiré. Une foule immense accourut chez le ministre tombé. De tous les points du royaume on lui vota des adresses. Au théâtre, à la moindre allusion , le public se soulevait en acclamations redoublées. Partout , dans les lieux publics, les cafés, les promenades, on n’entendait que son nom. I>a duchesse de Lauzun apostropha un jour un inconnu dans un jardin public, parce qu’il parlait en mauvais termes de M. Nccker. Elle oublia qu’elle était femme et duchesse, et personne ne le trouva ridicule , tant cette popularité de Nccker semblait juste, tant son renvoi enflammait les esprits! D’un autre côté, ceux qui partagent le moins l'enthousiasme populaire, les gouvernements l’accablèrent de marques d’estime : Joseph II, Catherine 11, la reine de Naples, le
roi de Pologne, lui écrivirent pour lui offrir la direction
LOl'lS XV! ET SA COUK.
de leurs finances. Le roi de Sardaigne exprima le regret de n’avoir qu’un trop petit Etat , pour en confier l’administration à M. Necker. Catherine 11 écrivit ces mots que madame de Staël a cités depuis avec son orgueilleuse tendresse : « Le roi de France a touché du pied à une grande gloire : » mot trop flatteur pour le ministre et trop dédaigneux pour le roi , et qui ne peut , malgré l’autorité de celle qui l’a prononcé, troubler la justice de l’historien.
Non, ce n’était pas une grande gloire, ce n’était qu’une grande réputation de capacité financière et de probité politique. Necker, comme Turgot, était un ministre hors ligne parmi les ministres de son temps; mais c’était le temps des Tcrray, des Maurepas et des Galonné. A une autre époque moins chargée de difficultés et d’orages, Necker, renfermé dans sa spécialité financière , aurait rendu d’éminents services à un pays et à un gouvernement. Il en rendit même de très-grands à l’époque oii il vécut , et la reconnaissance publique trop exaltée était pourtant intelligente ; mais ces services n’étaient pas marqués de l’éclatant caractère qui constitue la gloire; ils furent essentiels , mais non tout-puissants. Ils ne sauvèrent rien de tout ce qui périssait; mais ils arrachèrent l’Etat à la banqueroute prévue par Turgot ; « si on ne « réduit pas la dépense au-dessous de la recette, avait « dit Turgot, le premier coup de canon forcera l’État à « faire banqueroute. » Tel est le bon , le solide des scr-