‹ Louis 16. et sa courChapitre 51 sur 193 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lie l est jamais, fut celui de son intérêt commercial, pour lequel elle avait trop durement, trop exclusivement stipulé. En effet, elle avait entravé par des taxes, par des prohibitions de toute sorte , le commerce des Américains. Déjà, en 1760 , un impôt sur le timbre avait excité leurs réclamations. Un homme dont la générosité politique fut du génie dans la question américaine, le premier Pitt, depuis lord Cliatam, avait épousé leur querelle, et fait révoquer (en mars 1766), à force d’éloquence, l’impôt contre lequel ils avaient élevé la voix. Pitt, en récompense, avait été appelé encore une fois au gouvernement de son pays; mais, alors accablé d’infirmités cruelles, il n’avait pu porter ce lourd fardeau. L’administration, abandonnée à elle-même , retomba dans la faute commise, et reprit l’imprudent et avide système de taxation qui devait faire tout perdre à l’Angleterre , en voulant lui tout conserver.

Ce fut en 1774 que des navires chargés de thé arrivèrent devant fioston et firent éclater une dernière fois l’esprit de résistance des Américains contre le système fiscal de l’Angleterre. A la nouvelle de l’arrivée de ces vaisseaux, chargés d’une denrée soumise à un impôt arbitraire, les bostoniens se levèrent en masse, coururent aux navires, et, sous les yeux et malgré les efforts d’une garnison anglaise, jetèrent plus de trois cents balles de thé à la mer. Immédiatement après cet acte de rébellion , qui commençait une rupture qu’on voulait éter-

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nelle, l’insurrection fut proclamée : coup de foudre qui mit toute l’Amérique debout. On improvisa dans chaque province des assemblées qui remplacèrent les délégués du gouvernement britannique. Les mesures de rigueur que prit lord North, alors au ministère, précisèrent le caractère de cette révolution. Il avait ordonné que le port de Boston fût fermé, et que le Massacbusets , dont cette ville est la capitale, fût privé du droit d’élire ses magistrats. A cette nouvelle, l’agitation fut au comble : on se prépara «à la lutte année; et, prenant l’initiative dont les événements lui avaient offert l’occasion , l’assemblée dé Massacbusets ordonna une levée de douze mille hommes. Bientôt ( le 4 septemble 1774) on vit s’ouvrir à Philadelphie ce fameux congrès d’où sortit la r/éclaration des droits , et qui présenta le beau spectacle d’hommes résolus et calmes, délibérant dans une pensée commune avec des opinions contraires, et finissant par s’entendre à force de dévouement à la chose publique. Ce congrès envoya une adresse au roi d’Angleterre et une autre au peuple anglais , avant de se séparer, puis arrêta qu’un nouveau congrès aurait lieu et s’assemblerait le 10 mai 1 770.

Georges III était alors sur le trône d’Angleterre : c’était un prince d’une grande bonté et qui aimait la justice; mais, dans ce gouvernement anglais, conçu et réalisé en dehors des qualités personnelles d’un monarque, le prince 11e donne guère à son règne que son nom. De fait,

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c’était lord Nortli qui gouvernait, et lord Nortli ne vit pas la situation de T Amérique. Informé par des officiers mécontents qui avaient servi aux colonies, il crut qu’avec dix mille hommes il ferait rentrer dans le devoir, comme disent les pouvoirs irrités , cette nation de puritains inflexibles qui venaient de dire le premier et le dernier mot de leurs résolutions. Les premiers coups de feu que fit tirer sur les insurgés le général Gage, qui commandait à Boston, n’avertirent pas le ministre. Ces coups de feu, qui devinrent le combat de Lexington (19 avril 1775) et la première victoire des Américains , doublèrent leurs forces par l’effet électrique du succès. En quelques jours on vit trente mille hommes sous les murs de Boston. Heureusement pour le général Gage, un convoi arriva qui portait l’armée anglaise à t 2,000 hommes. C’étaient de bonnes troupes régulières, sachant leur métier, et commandées par des hommes de talent, Howe, Clinton, Burgoyne. Les Américains, au contraire, étaient mal en discipline, en organisation militaire, en artillerie; ils ne savaient que marcher en avant et tirer juste. Le 1 7 juin, ils furent attaqués dans la redoute qu’ils avaient construite sur une hauteur nommée Brunker’shill, d’oii ils jetaient des bombes dans la ville. Les Anglais s’étaient partagés; un corps d’armée attaqua de front le poste ou se tenaient les Américains, tandis qu’un autre devait leur couper toute retraite. Pour y parvenir, il fallait s’emparer de la petite presqu’île de Charles-Town , séparée

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de Boston par un court trajet de nier. Les Anglais, protégés par leur flotte, mirent le feu à Cliarles-Town ; mais ces adroits tireurs d’Amérique profitèrent de la large flamme de l’incendie pour ajuster mieux leurs coups. Ils tirèrent si bien que tous les officiers anglais furent blessés ou tués, à l’exception du général Howe. Ils épuisèrent jusqu’à leur dernière cartouche; et quand leurs fusils furent froids dans leurs mains, ils reculèrent, mais de si peu, et en si bon ordre, qu’on pouvait dire que le siège de Boston n’était pas levé, et que ces chasseurs de la veille battaient en retraite comme des soldats de dix ans. Plus que Lexington, Brunker’shill aurait du apprendre au gouvernement anglais que ce n’était pas à de vulgaires révoltés qu’il avait affaire, mais à des hommes murs pour être une armée aussi bien qu’une nation.

Ils le prouvèrent bientôt, en reprenant aux Anglais la ville de Boston (avril 1776). Après le combat de Brunker’shill, le congrès avait envoyé, pour commander l’armée, un officier qui avait fait la guerre à une autre époque, et qui depuis, et même avant que l’insurrection eût éclaté, s’était concilié tous les esprits au congrès et dans les assemblées par sa sagesse , son habileté , sa modération ferme et sa rare tempérance en toutes choses. Cet officier, qui plus tard devait être un grand homme, et , on l’a dit, le meilleur des grands hommes, était Washington. Son premier soin, à son arrivée devant Boston, fut d’organiser l’armée; le second, de resserrer plus

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