‹ Louis 16. et sa courChapitre 65 sur 193 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

plus ardent que jamais , avait déjà fait poursuivre les vaisseaux qui s’ctaient écartés du gros de la flotte française et que d’Orvilliers n’avait ni protégés ni soutenus. IjCS historiens disent que la disposition qu’il garda était fort savante , mais c’était un marin à qui l’inspiration manquait. Son armée était divisécen trois corps : l’avantgarde , sous le commandement du comte Ducliaffaud ; l’arrière-garde, sous le commandement de Lamotte Picquct ; d’Orvilliers était au centre, assisté du comte de Guichen, qui montait la Ville de Paris. Après avoir attendu le vent plusieurs jours, l’amiral Keppel se décida à attaquer l’arrière-garde, ou se trouvait le duc de Chartres; il y montait le Saint-Esprit, et y faisait ses premières armes de marin, sous le patronage deLamotte-Picquet. D’Orvilliers, qui vit le mouvement et l’intention, manœuvra a vec justesse pour dégager le Saint-Esprit, en renversant son ordre de bataille. Ce fut un feu de deux heures, bien nourri , bien soutenu de part et d’autre, avec une impétuosité qui ne se ralentit pas; mais ce fut tout. On se brisa des agrès et des mâtures sans se prendre un seul vaisseau . Les amiraux , s’attribuant tous deux l’avantage, allaient en profiter et pousser leur succès, mais ils ne purent se faire entendre dans leurs signaux. Keppel établit des croisières, et d’Orvilliers rentra dans Brest. Rien ne l’y forçait cependant , et l’on eut raison de lui reprocher cette prompte rentrée. On ne gagne pas à être si modeste, et il se contentait de peu s’il avait assez

d’un succès qui consistait a n’être pas une défaite. Certes, le combat de la Clocheterie, cette première botte portée si résolument.! l’Angleterre, promettait mieux que cette indécise affaire d’Ouessant , qu’on appela un choc y ne pouvant réellement en faire une bataille (i).

Quoi qu’il en pût être, l’opinion était trop excitée, et se ressentait trop de ses humiliations vis-à-vis de l’Angleterre, pour ne pas accueillir comme une victoire une résistance que les Anglais n’avaient pas vaincue. La France en était réduite à ce point que la lutte pour elle était déjà un triomphe. Le roi écrivit de sa main à d’Orvilliers; il le félicita sur l’à-propos de ses manœuvres, et il témoigna à Sartines combien il était content de son ministère. Personne ne trouva que le roi fût allé trop loin, et la grande majorité des esprits partagea sa joie : d’Orvilliers et son trop de sagesse se perdirent dans ce beau feu qui avait duré deux heures; beaucoup de traits de courage individuel étaient cités, entre autres celui du comte Duchaffaud, qui, blessé, vit tomber son fils plus dangereusement blessé encore , sans quitter son poste et se détourner de ses devoirs. Toutes ces choses, si influentes en France, prêtaient à une grande illusion.

Pendant que Ixmis XVI répandait sur d’Orvil liens des faveurs trop généreuses, le gouvernement anglais

(l) Le mot choc est celui dont le duc de Chartres se servit à Versailles , le l rr août , en rendant compte au roi de ce combat.

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