CHAPITRE lit
mettait en accusation l’amiral Keppel, et le vice-amiral Palisser, qui, à Ouessant, n’avait pas obéi aux signaux. Ce qui était arrivé à l’amiral anglais était aussi arrivé à d’OrvilIiers : son arrière-garde n’avait pas obéi à des ordres que la brume ou les distances avaient dérobés ; mais nul conseil de guerre, en se constituant, n’avait fait outrage à la bravoure et à discipline de Lamottc-Picquet. Plus tard , il est vrai , des bruits malveillants s’élevèrent, et ces attaques tardives n’atteignirent pas le marin; elles portèrent plus haut. Ce fut le duc de Chartres qu’on accusa de n’avoir pas exécuté le mouvement commandé par le vaisseau amiral ; mais le jeune titulaire du commandement était-il vraiment responsable de ce que le chef réel de l’escadre n’avait pas exécuté? Au premier moment, on avait été plus juste : quand le duc de Chartres revint à Paris, on l’avait accueilli avec enthousiasme; il avait été applaudi à l’Opéra, au Palais-Royal, partout où il avait paru. Mais quand sa charge l’eut rappelé à Brest, de cruels propos circulèrent. D’où venaient-ils? On a parlé de la reine, on a parlé de ressentiments; toujours est-il que ces bruits que l’on répandait n’allaient à rien moins qu’à déshonorer le prince. Ne disait-on pas qu’il s’était caché pendant le combat? Il s’y était distingué , au contraire, par cette bravoure dégagée des gentilshommes, par cette bonne humeur devant le boulet qui est native de France. Aussi tous ceux qui l’avaient vu montrer au mi-
loi LOUIS XVI ET SA COUR.
lien du feu son cordon bleu et sa veste blanche le défendirent-ils contre d’odieuses calomnies. Lui seul se fit tort par sa légèreté , quand il accepta ou sollicita la place , créée pour lui à cette occasion , de colonel général des hussards; singulière récompense, il faut le dire, de la bonne conduite d’un marin (i).
Le combat d’Ouessant ne fut suivi d’aucun autre; l’indécision de son succès ne stimula pas la trop lente prudence de d’Orvilliers. Plus qu’un autre, par sa position , il eût dû partager ces sentiments qui font les victoires, ces sentiments d’ardeur dont la France était animée. Malgré une perte de quarante-cinq millions, faite par le commerce français, et dont la rentrée subite de d’Orvilliers a Brest après Ouessant avait été cause, Bordeaux, Brest, Nantes, étaient toujours disposés à voir en lui l’espoir de leurs ressentiments contre les Anglais. Et cette confiance, trompée déjà, il ne la justifia pas davantage. 11 sortit une seconde fois de Brest ; niais il ne s’agissait pas de tenir la mer pendant un mois
(!) Le prince de Montbarrey dit, dans ses Mémoires, que ce fut le duc de Chartres qui sollicita cette place , et il raconte à ce sujet une longue intrigue ; mais Montbarrey est animé contre le duc de Chartres de sentiments haineux qui le rendent fort suspect.
Voir, sur la conduite du duc de Chartres à Ouessant : OEuvres choisies du prince de Ligne, p. 3. * Il fut de bon exemple à Ouessant quoi qu’on en dise. » — Mém.du règne de Louis ALI. t. VI, p. 53. — Mém. du comte de Tilhj ; éd. in-8'* , 1830, 1. 111, p. 12. — Droz, Ili si. de Louis A77, 1. 1, p. 313.