‹ Louis 16. et sa courChapitre 7 sur 193 · C 11 A P 1 T II E PREMIER · texte numérisé non relu

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un instrument de domination. Ce nouveau directeur de conscience, au service de la maison d’Autriche, était pour celte jeune reine, qu’il égarait, l’infaillibilité vivante (i). Elle avait, elle, tout ce qui attire , mais il lui apprit à repousser, h blesser l’opinion; cet homme, chargé d’élever une reine de France, l’empêchait d’être Française. Un parti puissant se forma de bonne heure à la cour contre Marie-Antoinette, et la faute en fut surtout à l’intrigant oljscur qu’on lui avait donné pour guide.

Dès son début à Versailles, une affaire d’étiquette l’avait compromise, et les nobles lui gardaient rancune d’une prétention inconsidérée, dictée par l’orgueil de sa maison. Deux princesses de Lorraine, ses parentes, avaient pris le pas sur les grandes dames de France, aux fêtes de son mariage. On se plaignit avec éclat, et Marie- Antoinette, oubliant qu’elle était dauphine, répondit aux plaintes par des railleries, auxquelles sa position donnait un sens plus blessant et plus cruel. Elle s’en prit h l’étiquette française : c’était pour elle le seul côté de la France qu’elle put attaquer (2). En cela, elle commençait de gagner le funeste surnom qu’on lui donna plus tard, l\i ut ri chienne. I^i France, alors, qui s’inquiétait peu des humiliations et des blessures de l’aris-

(1) Mém.du marquis de /touillé , p. 33.

(2) Elle appelait la comtesse de Nonilles, sa première dame d'honneur, madame C l'.tiquette.

tocratie, ne prit pas garde à ce débat, et la Dauphine resta populaire jusqu’à la fin du règne de Louis XV. Elle avait etc humiliée à Versailles par madame Dubarry i); c’était bien quelque chose pour tout ce qui avait un peu de fierté en France, et la faveur publique l’avait vengée; cette faveur l’accompagna jusqu’au pied du trône.

Le premier acte politique du nouveau règne devait donnera la reine l’occasion de montrer son pouvoir. Le renouvellement du ministère était inévitable; les derniers ministres de Louis XV, détestés, avilis, ne pouvaient être maintenus sans ruiner la popularité de Louis XVI. La reine poussa la première au changement. On souhaitait ardemment à Vienne le retour du duc de Choiseul, et Marie-A.ntoinette y travailla de tous ses efforts. On sait ce qu’avait été Choiseul : il avait négocié le traité de i y *>8 et le mariage de Marie-Antoinette. C’était un Lorrain, partout vassal de la maison de lorraine; il lui avait prêté foi et hommage à Vienne, lors de son ambassade, et lui avait tenu son serment quand il fut ministre à Versailles. La fille de Marie-Thérèse devait bien un peu de reconnaissance à cette fidélité éprouvée; une circonstance vint l’aider dans sesefforts. lia maladie de Louis XV avait jeté l’épouvante, et donnait grande vogue à l’inoculation. Louis XVI et ses frères voulurent s’y soumettre. La reine profila de la

(I) La Dubarry, envieuse de la jeunesse et de l'éclat de la Dauphine, l'appelait insolemment la Petite Rousse.

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retraite pour entreprendre l’esprit du roi; mais elle y rencontra la plus dure résistance; le roi était prévenu contre Choiseul par les mémoires et les recommandations de son père. Il avait existé entre le Dauphin et ce ministre une hostilité si flagrante, qu’une sourde accusation fut répandue contre le duc d’avoir abrégé les jours du prince par le poison. On avait fait pénétrer ces noirs soupçons dans l’esprit de I .ouis XVI. La famille royale, en garde contre l’influence autrichienne , en profita pour triompher de la reine et repousser Choiseul. Mesdames, filles de Louis XV, fort écoutées du roi, leur neveu, s’armèrent contre l’homme d’Etat des souvenirs hostiles du Dauphin , de ses jugements, de ses mémoires, et des vieilles maximes politiquesde leur maison, que Choiseul avait renversées. La reine eut le dessous dans cette lutte, qui fut suivieentre elle et les princesses de blessures vives et de longs ressentiments.

Le duc de Choiseul écarté, les tantes mirent en avant trois candidats, le cardinal de Bernis , M. de Macliaut et le comte de Maurepas, anciens ministres tous trois, et disgraciés sous l’autre règne; ils étaient bien notés dans les instructions du Dauphin. Le premier cependant n’était point sans reproches devant les partisans de la tradition; il était l’un des premiers fauteurs de l’alliance autrichienne (i); mais il avait eu bientôt le mérite d'une

(I) Flnssan, flisl. de la Diplomatie. Voir le Traité de

disgrâce; il avait failli, et s’était montré repentant , ce qui est un grand mérite aux yeux des partis. Le cardinal de Bernis n’était point un politique de l’ordre supérieur. Esprit de second ordre , habile , propre à réussir dans les ambassades par la dextérité et' le talent d’exécution , il n’avait ni qualités, ni vues conformes à la situation.

M. de Machaut était un caractère et un esprit d’une plus haute valeur. Il fallait que sa probité eût jeté un grand éclat pour qu’il eût pu , sans se perdre aux veux du pieux Dauphin, inquiéter l’Eglise, en portant un regard sévère sur ses revenus (i). M. de Machaut eut des idées de gouvernement ; et il est resté avec tout le prestige de ces idées , parce que les circonstances ne le mirent point en demeure de les appliquer ; quoi qu’il en soit, ses qualités, ses talents étaient réels, et semblent légitimer les regrets. Si le Dauphin, comme on le raj>porte, plaça son fils dans l’alternative de se prononcer entre trois candidats si bizarrement réunis , il fit preuve de bien peu de discernement politique, ou il présuma beaucoup de celui de son fils. Louis XVI eut l’instinct assez juste pour se tourner vers Machaut : il se prononçait pour le plus honnête. Mais sa résolution ne tint pas contre de futiles objections; un dernier mot renversa ce qu’il avait décidé , et fit tourner son esprit du grave

(I) Par l’édit de 1748, M. de Machaut interdit toute donation de biens-fonds au clergé. Il ordonna en outre de cadastrer la valeur des propriétés ecclésiastiques.

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