‹ Louis 16. et sa courChapitre 8 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Macliaut au frivole Maurepas. On rapporte de ce conci-

rait bien Louis XVI tel qu’on le retrouvera toujours. On lui suggéra l’idée d’envoyer à Maurepas cette même

volonté pour défendre ce que son esprit avait conçu.

Le comte de Maurepas accourut du fond de l’exil où

comme en moquerie, dès le début, cette physionomie sévère que Louis XVI entendait donner à son règne. Maurepas, de la famille des Phélippeaux, fils et

tique sous Louis XV. Il ne semblait point fait pour une disgrâce sous un tel maître , car il était le ministre véritable d’un prince paresseux et ennuyé. Personne ne sa-

sein des affaires , et amuser de plus d’anecdotes et do

narchie , il est vrai, pouvait être mieux servie que par ce conteur, qui savait faire du gouvernement un passetemps. Il laissa dépérir la marine ; mais aucun ne se re-

(1) Soulavic, Mém . du règne de Louis A77, t. U, p. 146. — }fém. de madame Campan , t. 1, p. 81.

liabule secret une particularité singulière qui montre-

lettre qu'il venait d’écrire pour Macliaut ; il n’y eut que la peine d’en changer l’adresse (i). Peut-être qu’on le déconcertait sans le convaincre ! Mais il n’avait pas la

il avait été relégué pour des chansons. Ainsi tournait

vait mieux que M. de Maurepas se donner du loisir au

bous mots le travail du roi. Son esprit leste et sémillant faisait passer l’administration dans la causerie. I>a mo-

LOUIS XVI Kl SA coin.

commanda mieux aux convenances personnelles de Louis XV. De tous les courtisans ministres, il fut le plus frivole et le plus élégant ; cependant il fut disgracié. C’est que la frivolité de Maure pasétait si naturel le, qu’elle déjouait parfois son ambition. Il n’était point de ces politiques assez forts pour mettre leurs goûts et leurs instincts au service de leur fortune ; il ne ressemblait pas au prince de Kaunitz, dont la futilité réfléchie servait à masquer des desseins profonds ; Maurepas était maîtrisé par la sienne ; il perdait de vue l’ambition pour les bons mots. C’est qu’il > avait dans M. de Maurepas un page de cour sous un habit de secrétaire d’Etat. Cet esprit si léger qui s’échappait en saillies et qui oubliait tout dès qu’il y avait matière à un couplet, ne tint pas à la tentation d’en faire sur madame de Pompadour elle-même; on ne saurait garantir si le roi y échappa ; c’était par ce point-là seulement que ce courtisan flexible bravait toute contrainte : il lui fallait, à défaut d’autre, la liberté des épigrammes. Les couplets du comte de Maurej>as lui attirèrent une complète disgrâce et un exil de vingt-cinq ans. Il s’en consola comme pouvait le faire un homme de son caractère : il fît des petits vers plus que jamais, joua la comédie dans son château , et chansonna tous ceux qui avaient eu part à sa disgrâce : telle fut sa philosophie. Sa longue retraite et les années ne le rendirent pas plus grave. S’il eut du temps pour méditer, ce nedut être (jue sur l’intrigue qui avait amené sa chute. Au reste,

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le comte de Mau repas , déchu dans la faveur du prince, s’éleva en raison de cette chute dans la faveur du public. Sous cette monarchie tempérée, comme on disait, par des chansons, celles du comte de Maurepas lui étaient comptées comme de l’indépendance.

Le rappel du vieux ministre fut bien accueilli par l’opinion; on avait travaillé de plus d’un côté à lui aplanir la voie. Le ministère laissé par Louis XV à son successeur l’acceptait sans résistance. Son chef, le duc d’ Aiguillon, qui était le neveu de Maurepas, crut se consolider par la rentrée de son oncle ; et il mit à son service toutes les influences dont il disposait. Bien que Maurepas eût penché autrefois vers les philosophes et les parlementaires, il se vit ainsi appuyé par le parti des jésuites et du pouvoir absolu, qui se rencontraient par hasard avec l’opinion. Le chancelier Maupeou, l’abbé Terray, le prince de Soubise, de Boynes, Berlin et la Vrillière, composaient le conseil : c’était de tous les ministères de Louis XV le plus vil et le plus liai; il avait pactisé avec la Dubarry; on avait à lui reprocher de honteuses banqueroutes, la destruction des parlements et la ruine de la Pologne. Maurepas, à peine installé à Versailles, n’eut rien de plus à cœur, malgré la parenté et les obligations qui le liaient aux ducs d’Aiguillon et de la Vrillière, que de se débarrasser de pareils collègues. La faveur publique qui avait eu part à son rappel lui semblait bonne h conserver. D’ailleurs, le franc es-

LOtlS XVI HT SA COUIl.

prit de despotisme qui était le cachet du ministère de d’Aiguillon n’était point le fait d’un quasi-philosophe comme Maurepas. Il n’avait ni le goût ni le courage qu’il fallait pour charger ses vieux jours d’une pareille responsabilité : « Je ne veux point, disait-il, être traîné sur la claie pour les affaires de M. de Maupeou. »

Le comte de Maurepas mit en œuvre tout ce qu’il avait d’adresse pour s’emparer de l’esprit du roi; il y réussit; il le charma en lui faisant des anecdotes sentimentales sur le Dauphin. On dit que ses goûts frivoles et ses bons mots avaient d’abord choque Louis XVI; mais le génie souple de Maurepas se modifia près de lui. Son facile travail, sa clarté d'exposition et ce tour élégant qu’il donnait aux affaires, plurent au petit-fils comme à l’aïeul. Louis XVI était vraiment désireux et pressé d’apprendre; il croyait se former vite dans les mains habiles de M. de Maurepas. Cet homme si fin avait à côté de ses instincts frivoles, une intelligence nette et de l’aptitude au gouvernement : c’était un esprit lumineux, a dit M. de La Fayette, (pi on ne peut suspecter de partialité pour lui.

Le comte de Maurepas, sous le titre modeste de mi-

nistre d’Etat, posséda le crédit d’un premier ministre. Pour se l’assurer mieux, il en sacrifia les apparences; il n’en prit point les émoluments; sa simplicité économe plut à Louis XVI. Il travailla sans bruit à écarter tout ce qui pouvait lui faire ombrage; il acheva de perdre

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clans l’esprit du roi le duc de Choiseul , et déjoua de ce côté les efforts de la reine. Maure pas , d’autre part, cherchait P occasion de se délivrer de ses collègues; il consultait l’opinion, et entretenait la pensée du roi sur un grand acte politicpie qu'on réclamait énergiquement. Le cri public s’élevait plus haut que jamais contre les ministres de Louis XV, et demandait le rappel de la magistrature qu’ils avaient exilée. M. de Maurepas, par dépit contre le règne précédent et certaines tendances de parti, inclinait vers cette grande mesure : il y était porté par les gens de lettres de son entourage; il y était poussé enfin par la volonté publique, dont il s’inquiétait fort. Avec un homme du caractère de ce ministre, on ne peut dire au juste quand il prit son parti sur cette sorte de coup d’État. Toujours est-il qu’on le vit renvoyer d’abord le duc d’Aiguillon : espèce de sacrifice qu’il faisait h la reine , de l’ennemi personnel du duc de Choiseul; ses collègues le suivirent de près. La Saint- Barthélemy des ministres, comme on l’appela, fut fêtée par le peuple avec des manifestations sauvages; on brûla les effigies de l’abbé Terray et du chancelier Maupeou. Le duc d’Aiguillon eut pour successeur au ministère des affaires étrangères le comte de Vergennes, et au ministère de la guerre le maréchal Du Muy. De Boyncs, ministre de la marine, fut remplacé par l’intendant Turgot; on donna les sceaux à Hue de Miromesnil; enfin Turgot passa de la marine au contrôle général.

LOUIS XVI ET SA COU lt.

Quoique M. de Maurepas eût eu la plus grande part à ces choix, il lui avait fallu compter avec diverses influences; aussi, le cabinet 11e se ressentait-il pas d’un même esprit. Le comte de Vergeunes, le maréchal Du Muy, étaient fort loin de Turgot quant aux principes de gouvernement. Le maréchal, recommandable par le caractère, avait été l’ami particulier du Dauphin; il tenait comme lui aux vieilles traditions. Autorisé de ce souvenir du père, de l’appui des trois tantes, il convenait encore au roi par sa réputation d’honnête homme et sa simplicité de mœurs. Le comte de Vergennes avait les mêmes doctrines politiques; il avait parcouru la carrière des ambassades, jusqu’au ministère deChoiseul, qui l’avait disgracié. Envoyé en Suède par le duc d’Aiguillon, il en arrivait avec le mérite d’un succès tout récent. On lui attribuait une part dans le coup d’État de Gustave III, qui venait d’abattre le gouvernement du sénat. Il importait assez à la France de relever une couronne alliée et de renverser une faction dévouée aux Russes, pour que l’on pût croire, en effet, qu’elle y avait mis la main. Le comte de Vergennes était resté dans le système des vieilles alliances ; ennemi de Ghoiseul et du parti autrichien, son élévation fut encore un échec pour la reine. Il venait en aide à Maurepas, en inquiétant doucement Louis XVI sur l’intervention de sa femme dans les affaires du dehors. Mais on accordait à M. de Vergennes plus d’expérience et d’habileté spéciale dans sa carrière

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