CHAPITRE 1 1 F
la pairie par son gouvernement. On sentait bien que ce n’était pas seulement un nom de plus qu’il avait écrit dans les victoires de sa patrie, mais qu’il avait ranime la conviction expirante du monde qui avait longtemps cru l’Angleterre reine des mers : c’ctait l’empire pour longtemps encore.
La victoire de Rodnev balança, dans le cœur des Anglais le regret des pertes qu’ils faisaient chaque jour en Amérique. Le chevalier de Lapérouse, avec un vaisseau et deux frégates, venait de ravager sur l’Iludson un de leurs plus beaux établissements; mais avoir mis si bien le pied sur la marine de France, vengeait de ces petits désastres et faisait tout oublier.
Cependant elle n’était pas morte tout à fait encore cette marine; l’esprit public s’était montré dans d’ardentes et nombreuses souscriptions destinées à réparer la perte des vaisseaux détruits. Lord North était tombe, et l’esprit prudent deswhigs, (jui n’avaient point l’implacable haine de Ghatam dans les entrailles, inclina visiblement à la paix» Rendons justice au gouvernement de Louis XVI : il n’eut pas, cette fois, la faiblesse d’écouter la bonne volonté des wliigs. Il comprit que le moment d’une si grande infortune était peu propre à modifier ces vieux traités de la défaite, qu’on avait essayé de briser par la guerre et par la victoire.
La guerre continua donc : le blocus de Gibraltar s’éternisait , et les Espagnols, dont l’amour-propre natio-
nalétait intéressé à cette conquête, réclamèrent une plus active intervention de la France. Le comte d’Artois, le duc de Bourbon, vinrent se montrer ail camp, et y installèrent le luxe et tous les plaisirs de Versailles. La ville bombardée était détruite, mais les fortifications avaient échappé au vol meurtrier des boulets. Les plus habiles officiers de génie se fatiguaient sur ce problème posé là, devant eux , comme un impénétrable mystère de résistance. Un d’entre eux, le plus audacieux et le plus in- \
ventif, le chevalier d’ Arçon , construisit , à l’aide d'un mécanisme savant, des batteries flottantes. Elles devaient battre la place d’assez près pour faciliter l’assaut* Os batteries, lancées le i3 septembre, furent une occasion d’héroïsme pour l’inventeur, qui les monta avec le valeureux prince de Nassau; mais elles s’embrasèrent sous la pluie de bombes et de boulets rouges de la forteresse, et le succès qu’on en attendait fut démontré impossible : ce fut une journée de massacre et d’incendie* Les Espagnols et les Français rivalisèrent d’intrépidité, sous les ordres du duc de Grillon, moins heureux cette fois qu’à Saint-Philippe. De ce moment, les fastueuses espérances qu’on avait conçues se dissipèrent. Pour venger l’honneur des armes, il ne resta plus que la perspective d’un combat naval. Lamotte-Piequet arriva, toutes voiles au vent cl mèches allumées, sur l’escadre anglaise de llowe, qui soutint le choc et se retira fièrement. 11 avait fait son devoir, car il avait ravitaillé la place, comme Rodney