‹ Louis 16. et sa courChapitre 86 sur 193 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

furent égaux des deux cotés. Mais le vent qui tourna et qui mit le désordre dans les deux lignes donna la victoire au plus habile : c’était Suffren ; nul 11e l’égalait dans le jeu des voiles, dans la tactique avec les éléments; il couvrit ses vaisseaux brisés avec les vaisseaux qui n’avaient pas souffert, et, maître du champ de bataille, il hâta par une pluie de boulets la retraite de l’escadre anglaise ( 1).

Quand il arriva à Cuddalore , Suffren s’occupa de la réparation de sa flotte , car sa victoire lui avait coûté cher. Cet homme, dont l’obésité était si grande que les souverains orientaux, contrairement à tous les usages, le faisaient asseoir devant eux, n’avait pas besoin de l’électricité des batailles pour montrer la fougueuse activité d’un jeune homme. Ce n’était passeulement la vue de l’ennemi , sous le pavillon, qui lui donnait cette ardeur : partout ailleurs, sur le rivage, il se montrait comme à son bord. Il avait une âme si ardente qu’elle aurait soulevé et animé un corps plus pesant que le sien. A Cuddalore, il se fit constructeur de navires; il devint charpentier comme Pierre le Grand; son empire à lui, c’étaient ses vaisseaux. Il allait et venait dans Cuddalore, visitant les maisons, les établissements publics pour avoir du bois de charpente, démolissant une maison, a dit un historien, pour prendre une poutre qui lui

(1) Barchou de Penhoëu, Histoire de l'Inde , t. III, |>. 341.

convenait. Tousses officiers, qui pourtant ne manquaient pas décourage, qui avaient coopéré à ses succès, lui disaient le mauvais état de la flotte, le manque d’approvisionnements , la nécessité de partir pour file de France ou Bourbon. Mais lui, avec la confiance de César dans la tempête, répondait à scs officiers : « Jusqu a ce que j’aie conquis un port dans l’Inde, je ne veux d’autre port que l’Océan; » et il se remit en mer. L’effroi se répandit à Trinquemale et à Négapatam; on dit à sir Hugues de se presser; mais Hugues, blessé de ces instances dans son amour-propre d’officier, répondit qu’il prendrait la mer quand il le jugerait convenable. Vingt jours se passèrent; le 20 d’août, Suffren faisait tomber son ancre dans la baie, débarquait les troupes, élevait, le 29, les batteries, éteignait sous son feu le feu de la garnison , et forçait le lendemain la ville à se rendre. L’amiral anglais arriva, ayant au cœur sa défaite de Trinquemale, et furieux de ce nouveau triomphe qu’il n’avait pas deviné. Suffren pouvait ne pas combattre, il avait un port, il était couvert, mais le danger le fascinait. Il l’aimait jusqu’à l’égarement, et l’audace chez lui maîtrisait le génie; il combattit. On se massacra pendant trois heures, et il n’y eut pas de victoire. La nuit vint , et les Anglais se retirèrent à Madras, les Français à Trinquemale. Suffren avait failli périr, exposé seul au feu de six vaisseaux ennemis; trois de ses capitaines le délivrèrent. U11 ennemi, un Anglais s’esl étonné qu’il n’eût

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