CHAPITRE III
fût proclamée avant la signature des préliminaires de paix entre l’Angleterre et la France (i).
Cette paix, qui fut conclue le 3 septembre, consacrait de nombreux échanges et équivalents entre les puissances signataires. Mais ce qui dominait, pour la France, tous les petits articles de l’arrangement, c’était le rachat des traités de 1763, l’affranchissement de cette honteuse inspection d’un commissaire anglais à Dunkerque, l’acquisition de Tabago, puis la cession à l’Espagne de Minorque et des deux Florides, qui furent le prix de Gibraltar.
C’était là des avantages, qui le nierait ? Mais que 11’avait pas coûté la guerre en hommes, en travaux, surtout en argent! On discuta beaucoup en France celte balance de gain et de perte consacrée par le traité, mais le sentiment public, qui voit mieux que le détail , emporta dans sa joie tous ces petits calculs. Et, en effet, le grand but de cette guerre était atteint , l’indépendance de l’Amérique et notre délivrance de traités blessants pour notre honneur; c’était pour elles que nous avions pris les armes. Nous l’avions obtenu, malgré beaucoup de fautes, mais enfin il y avait un résultat. La guerre avait été souvent molle, mal dirigée ; 011 l’avait trop confiée à des mains secondaires ou malhabiles, trop peu aux hommes
( l ) Los préliminaires furent signés à Versailles, le 20 janvier 1 7K3 , et le traité définitif, qui se composa de vingt articles fut signé le 3 septembre I7S3; Flassan, Histoire de la diplomatie , t. Vil, p. 35.».
qui l’auraient poussée grandement ; mais si cette guerre n’avait pas la solution que bien conduite elle aurait eue, elle avait du moins le dénoûinent de rigueur. Nous avions notre nécessaire en succès, si nous n’avions pas le superflu. La paix , qui vint trop tôt, car elle arrêta Suffrcn dans ses victoires , fut bien négociée , une fois résolue. Vergenncs y employa les qualités qu’il possédait : il n’avait ni grandeur, ni vue perçante, ni rien de viril ; mais il avait une clarté calme dans l’esprit, et dans la main assez de précaution diplomatique pour écarter sans blesser jamais. C’est ainsi qu’il repoussa les ouvertures des cabinets de Saint-Pétersbourg et de Vienne, qui offrirent leur médiation pour la paix. Il la fit seul, en tête-à-tête avec l’Angleterre, stipulant pour la France et pour ses alliés. Telle est la vérité que doit reconnaître l’histoire ; malheureusement pour Vergennes et pour le cabinet dont il était membre, ce (pie l’histoire doit ajouter encore , c’est (pic les gouvernements sont coupables quand ils laissent échapper une moitié des avantages qu’ils pouvaient donner au pays. Et ce qu’il eut été possible d’obtenir en continuant la guerre, ce traité qui vint trop vite après la victoire de Rodney le disait bien. Cette grande victoire n’avait pas refoulé au cœur du gouvernement britannique les désirs de paix qui s’v agitaient ; l’Angleterre n’avait plus confiance ; qu’était-il donc arrive ? C’avait été pour elle un spectacle nouveau et plein