‹ Louis 16. et sa courChapitre 88 sur 193 · CHANTRE III · texte numérisé non relu

CHANTRE III

Suffren revint mouiller devant Gondelour, et il attendit, mèches allumées et sur petite ancre, les Anglais, qui le virent de loin si fièrement campé qu’ils n’approchèrent pas. Jamais dans leurs plus néfastes campagnes, les marins anglais n’avaient tant refusé de combats (i).

La délivrance de Gondelour, qui valut un triomphe pompeux (a) au bailli de Suffren , fut le dernier et le grand événement de cette campagne, qui devait se clore au moment oit elle allait devenir fructueuse. Ainsi tout se fit mal à propos dans cette guerre , même sa fin. Une frégate anglaise annonça, le 9.C) juin , que les préliminaires de paix avaient été signés à Versailles. Suffren ne fut point laissé dans les Indes, où il s’était fait une popularité si grande et où il eut pu rendre à son pays de notables services en attendant les éventualités ; son gouvernement le rappela . On le reçut à Versailles avec un enthousiasme mêlé de curiosité; car c’était un homme qui parlait à l’imagination de plus d’une manière, et qui ne surprenait pas seulement par la gloire. Il avait ,

(1 ) Nous trouvons dans une lettre inédite de Suiïren quelques mots sur ce dernier combat , qu’il fixe au 20 juin, et qui précéda de peu de jours la nouvelle du traite : «..La paix étant faite, écrit-il à un ami, et ayant enterré la synagogue avec honneur, puisque, le 20 juin, nousavons combattu M. Hugues quinze contre dix-huit, tous cuivrés, et qu’il s’en est allé à Madras, et nous au secours de Gondelour... » ( 1 Coll . de lettres autogr. de l'auteur.)

(2) Voir, pour les détails de ce triomphe, la Biographie universelle, art. Suffren . t. X1.1N , p. 171

dit-on, une originalité naturelle assez analogue, quoique moins tranchée, à celle qui frappa plus tard dans Suwarow. Les fêtes qu’on lui donna ne durent pas beaucoup le troubler, lui que les prosternements orientaux, les triomphes en palanquin avec cortège d’éléphants, avaient endurci aux ovations. Le roi le fit cordon bleu; déjà , pendant la guerre, il avait été nommé bailli de son Ordre. Cette ancienne nourrice de marins, Malte pouvait être fièred’un tel chevalier, et elle lui avait envoyé les insignes de sa dignité nouvelle jusque dans les mers lointaines où il donnait ses batailles.

Ces batailles, nousl’avonsdit, n’infiuèrent pas, dansla mesure de leur importance, sur les conditions de la paix avec l’Angleterre. Depuis quelque temps déjà, des négociations étaient commencées sur des bases qu’on discuta beaucoup, mais qui varièrent peu. La correspondance diplomatique de M. de Vergennes ne laisse, silice point, aucun doute. En Angleterre on était arrivé, à propos de l’Amérique , à la politique de Chatam , mais ce que Chatam combattait en mourant comme un opprobre, la paix avec la France, le ministère whigyavait toujours donné la main. C’étaient Rockingbam, Richeinond et Fox qui étaient aux affaires ; Rockingbam mourut, et Fox sortit du ministère , mais la reconnaissance de l’indépendance américaine n’en fut pas moins consentie. Seulement, Franklin, parmi sentiment digne de lui, ne voulut pas que cette indépendance

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