SCÈNE II
ALMODAN, LOUIS.
LOUIS
Justement alarmé pour des guerriers que j’aime , Almodan, du traité que tu dictas toi-même Je viens t’entretenir pour la seconde fois.
Damiette , où flotte encor l’étendard delà croix , Devait, tu t’en souviens, payer ma délivrance;
De celle des chrétiens qui sont en ta puissance Tu recevras le prix. De tant de maux soufferts Veux-tu finir le cours ?
ALMODAN.
Vous mourrez dans les fers.
LOUIS
Eh quoi ! de tes serments tu perdrais la mémoire ! ALMODAN.
J’assure ma vengeance.
LOUIS
Et tu souilles ta gloire.
ALMODAN.
Ma gloire est de venger moi-même et mes sujets,
De punir ton audace. Eh , dis-moi , quels projets Sur ces bords ennemis t’engageaient à descendre ? Chrétien , de tes aïeux interroge la cendre;
ao
Ils venaient de Solime attaquer les remparts :
Dans les champs syriens leurs ossements épars Te diront où tendait leur orgueil téméraire ,
Quels étaient leurs travaux, quel en fut le salaire.
LOUIS
Saladin put les vaincre au milieu des combats ,
Mais, au moins, d’un parjure il ne se souillait pas.
Je veux t’ouvrir les yeux , et t’épargner un crime.
Si les guerriers chrétiens que ta fureur opprime Doivent ici périr, esclaves de leur foi ,
Soudan , ce n’est pas eux qu'il faut plaindre , c’est toi : Us mourront, mais du moins avec toute leur gloire ;
Et les siècles futurs flétriront ta mémoire.
Ah! crois-moi, l’équité, le respect des serments,
Sont du pouvoir des rois les plus sûrs fondements. Non, je ne croirai point que ton ame balance;
Tu tiendras tes serments.... Tu gardes le silence?
Eh quoi ! Soudan , ma voix ne t’a point convaincu ,
Et tu pourrais encor?....