ACTE II, SCÈNE I
Penses-tu qu’un revers suffise pour l’abattre? Convaincu que son Dieu l’arma pour nous combattre , II m’attaque demain , s’il est libre aujourd’hui ;
Et même son vainqueur doit tout craindre de lui :
Cn cœur tel que le sien ne connaît point d’obstacles , Et la volonté ferme enfante les miracles.
Louis est mon captif, le sort me l’a livré ;
Pourquoi mettre au hasard un triomphe assuré ?
La fortune est fidèle à celui qui l’enchatne ;
Négliger ses faveurs , c’est mériter sa haine. RAYMOND.
Je t entends. Mais , dis-moi , ne redoutes-tu rien ? Penses-tu qu aujourd’hui ce prince syrien Qui, sous tes étendards rappelant la victoire,
A sauvé ton empire, et t’a rendu ta gloire,
Au succès de tes vœux ne va point s’opposer ?
On doit quelques égards à qui peut tout oser :
Le soldat le chérit , et le peuple J’honore ;
Ce peuple qu’il égare osa naguère encore ,
Plaignant ses ennemis et respectant leur roi ,
En murmures confus éclater contre toi.
De Nouradin sur lui tu vois quel est l’empire ,
Tu sais quels sentiments au soldat il inspire :
Chaque jour il retrace à ses yeux éblouis La valeur des Français , les vertus de Louis ;
Et dès qu’il apprendra ce que résout ta haine ,
A s armer contre toi je crains qu’il ne l’entraîne. almoban.
Lui , s’armer contre moi !
Raymond.
Tremble de l’offenser !
i8 LOUIS IX.
ALMODAN.
Son bras soutint mon trône.
RAYMOND
Il peut le renverser ALMODAN.
Oui, jusque-là peut-être il porterait l'audace.
Son orgueil , à la fin , et m’irrite et me lasse :
Au jour de mes malheurs il m’offrit son appui ;
Mais dois-je ne penser et n’agir que par lui ?
Chacun respecte ici ma volonté suprême ;
Je pourrais à fléchir le contraindre lui-même ,
Et je ne prétends pas , malgré tous ses exploits ,
Qu’au milieu de ma cour il me dicte des lois.
Fais plier son orgueil , mais songe à son courage.
J’honore qui me sert , je punis qui m’outrage.
Tes discours dans mon cœur réveillent mes soupçons. De tous ces vils chrétiens adoptant les leçons,
Pour leur maître, pour eux, il montre un zélé extrême Ami des chevaliers, et chevalier lui-même,
Tous les jours , de ce titre il se pare à mes yeux.
Et sans doute, abjurant la foi de ses aïeux,
En ce moment, visir, l’infidéle s’apprête A quitter, pour la croix , l’étendard du prophète. RAYMOND.
Tu dois le ménager.
ALMODAN.
Je brave son courroux.