CHAPITRE VIII
de découvrir qu’une couche de vingt pieds d’épaisseur, en apparence sablonneuse, sous la Lüneburger Heide est entièrement composée d’infusoires, comme ceux qui vivent actuellement dans le voisinage de Berlin; elle repose sur une couche brune qui a jusqu’à dix pieds de profondeur. Celle-ci se compose pour un cinquième du pollen de Pinus, qui peut brûler. Le reste est formé d’infusoires. Ces animaux sont donc capables d’élever des chaînes de montagnes; et dire que l’œil ne peut les apeice’soii !!
Dans la lettre suivante que nous reproduisons ici, quoiqu’elle soit datée de 1838, Humboldt, tout en comprenant mieux l’ardeur de son ami à explorer de nouveaux domaines de la science, lui réitèie ses craintes, toujours du reste sur le même ton humoristique et affectueux.
* Alexandre de Humboldt à Louis Agassiz.
Berlin, 17 juin 1888.
Je viens de recevoir votre aimable lettre du 9 juin, mon cher ami, et je m’empresse de vous remercier du fond de mon cœur de votre souvenir affectueux et des détails intéressants que vous me donnez sur vos grands et utiles voyages. J’ai joué le rôle d’un vieux grondeur et je vois par votre lettre que vous ne m’en voulez pas de cet excès de franchise. Comment pouvez-vous supposer que je souhaite qu’un homme ayant votre talent, votie universalité, vos connaissances zoologiques, se renferme dans les étroites limites d’une classe d’animaux; que, brûlant du désir d’appliquer les lois découvertes dans cette classe, il n’aille pas au delà d’une limite déterminée. Comment croire que je voudrais vous détourner
LETTRE DE HUMBOLDT
de la géologie dogmatique, manière de penser qui, quoi qu’on en dise, est un besoin pour chaque être humain ? Il est impossible de combiner les faits sans arriver pour conclusion à des dogmes.... Mon cher Agassiz, abandonnezvous librement à toute la fougue de votre talent.
Ce qui m’alarme, mon cher ami, c’est la crainte que votre jeunesse ne soit pas assez longue pour l’achèvement de votre admirable ouvrage sur les poissons, la crainte que vos deux peintres voyageurs n’épuisent vos finances au point qu’il vous deviendra difficile de continuer l’impression des dessins que vous possédez déjà. Je n’ai certainement pas blâmé votre goût pour la géologie dogmatique, si intimément liée par le caractère des époques et des formations à vos recherches. Je suis loin aussi de rejeter l’origine des stries que vous attribuez à la glace, tandis que d’autres l’attribuent aux rochers; mais l’idée que vous paraissiez exprimer au sujet des alternances d’un état de choses glacial et tropical, ne m’a semblé justifiée en aucune manière par les taits, tels que je les connais, y compris le phénomène de Sibérie
Moi, qui, à cause de mon bras impotent, vous mets à l’épreuve avec mon horrible écriture, et qui cependant n’ai jamais eu le courage d’employer un secrétaire ou même un copiste, je suis épouvanté par les neuf personnes qui sont à vos gages. Je suis sûr qu’il doit y avoir de l'or quelque part dans vos roches polies. J’aimerais pouvoir trouver le secret que vous avez pour exploiter si promptement toutes ces mines. Je ne vous dis pas ceci dans un esprit de critique, car rien n’est plus noble que de se sacrifier ainsi à la science.