‹ Louis AgassizChapitre 102 sur 387 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de vos anciens aperçus; 2° De nouvelles espèces. Ce n est que le premier genre de supplément qui serait vraiment désirable.

De plus, il faut regagner votre indépendance intellectuelle et ne plus vous faire gronder par M. de Humboldt. J’aurais beau disparaître de la scène du monde à votre quatorzième numéro, quand je serai fossile à mon tour, je vous apparaîtrai comme une ombre, ayant sous le bras les pages que vous n’avez pas encore intercalées et le volume de l’éternelle América que je dois au public. Je finis par la petite pièce pour que ma lettre paraisse moins doctrinaire.

Mille tendres amitiés. Pas de glaces, peu d’échinodermes, beaucoup de poissons, rappel des ambassadeurs in partïbus, et grande sévérité vis-à-vis des libraires, race infernale de gens, dont j’ai tué trois ou quatre sous moi.

A. Humboldt.

Je gémis de la peine que vous causera mon horrible écriture.

Une lettre de Léopold de Buch, de même date à peu près, prouve que, malgré ses violentes attaques contre la géologie hétérodoxe d’Agassiz, il n’en éprouve pas moins une profonde sympathie pour son œuvre en général.

* Léopold de Buch à Louis Agassiz.

Berlin, 22 décembre 1837.

Te vous prie de me remettre en grâce dans l’esprit

des bienfaiteurs dont j’ignore encore le nom. Par un très grand malentendu, on a renvoyé à Neuchâtel les Annales

AGASSIZ A NEUCHATEL

de la Société qui m’avaient été adressées. La poste, sachant que je refuse la foule de journaux d’éducation qu’on m’envoie de France et qui me coûteraient beaucoup plus de port que mes moyens ne me le permettent, a cru que ce journal était du nombre parce que le port s’élevait à plusieurs écus. J’en suis fâché. J’ignore, même à présent, jusqu’au contenu de ce cahier; il renfermait, sans doute, un de vos mémoires plein de génie et de chaleur. J’aime votre manière d’observer la nature et je crois que, par vos observations, vous rendez de grands services à la science. Un bon esprit vous fera facilement apercevoir que là est la route de la gloire et qu’il ne faut pas suivre celle qui se plaît dans de vaines analogies et dans des spéculations passées de mode depuis longtemps. Je suis affligé d apprendre que vous souffrez et que vos yeux vous refusent leur service. M. de Humboldt me dit que vous avez le dessein de chercher ici un meilleur climat, au mois de février. Effectivement, vous le trouverez, grâce aux poêles. Mais comme nous aurons encore de la glace dans les rues, vos opinions glacées ne feront pas fortune dans cette saison.

J aurai du plaisir à vous présenter un mémoire ou une monographie des Spirifers et des Orthis que j’ai publié; mais je me garderai bien de faire payer le port à qui que ce soit pour un travail qui, par sa nature, ne peut avoir

qu’un intérêt très limité J’attendrai votre arrivée pour

vous remettre ces descriptions. Vos cahiers de poissons ne sont pas encore ici. Humboldt m’en a souvent parlé. Oh ! comme je vous aime mieux dans un domaine qui est entièrement le vôtre, que là où vous détruisez cette marche mesurée et circonspecte que de Saussure avait introduite en géologie. Vous en reviendrez et vous ne traiterez plus avec si peu d’égards ce que de Saussure et Escher ont cru.

Tout ici se change en infusoires. M. Ehrenberg vient

Page 1