‹ Louis AgassizChapitre 138 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

A six heures ils arrivaient au « Repos », après avoir fait en deux heures un trajet qui leur en avait coûté six pour monter. A peine la nuit était-elle tombée, que la lune surgit en face d’eux, éclairant le glacier dont la surface entière reflétait une douce lumière argentée, interrompue seulement çà et la par l’ombre gigantesque de quelque pic voisin. Vers neuf heures, au moment où ils venaient de traveiseï la partie du glacier la plus dangereuse à cause de ses nombreuses crevasses, ils entendirent tout a coup avec joie le cri d’appel d’un pâtre dans le lointain. C’était un paysan auquel ils avaient donné l’ordre de venir à leur rencontre avec des vivres jusqu’à une petite distance du lac Méril, au cas où ils seraient surpris par la faim, la fatigue ou quelque accident. Il arrivait portant une boille 1 remplie d’un excellent

lait chaud qu’il venait de traire ; on peut se représenter le plaisir qu’éprouvèrent nos voyageurs lorsque, entourant le pâtre, ils puisèrent à tour de rôle dans sa « boille », jusqu’à ce qu’elle fût vide. Il restait encore trois lieues à parcourir et à onze heures et demie, ils atteignirent enfin les chalets de Méril qu’ils avaient quittés au point du jour, plus de dix-huit heures auparavant.

Le lendemain, on se sépara; Agassiz et Desoi ,

accompagnés de leur ami M. Escher de la Linth, retournèrent à l’hospice du Grimsel, où ils se reposèrent pendant une journée, avant de regagner l’Hôtel des Neucliàtelois. Ils restèrent sur le glacier jusqu’au 5 septembre, employant ces dernières journées à

i Terme patois pour désigner de grands vases de bois dans lesquels les pâtres portent le lait sur leur dos.

AGASSIZ AU GLACIER DE l’aaR

achever leurs mesurages et à planter des rangées de pieux à travers le glacier, pour déterminer son degré d’avancement pendant l’année et la rapidité comparative de son mouvement sur certains points. Ainsi se termina l’un des plus remarquables séjours qu’ Agassi / et ses compagnons firent dans les Alpes

1 Le récit de cette ascension et des autres courses dans les Alpes a été tiré de l'ouvrage de M. Desor, Séjour dans les glaciers , complété par les souvenirs personnels d’Agassiz.

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