‹ Louis AgassizChapitre 137 sur 387 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« près notre avis à tous. Leuthold, au contraire, pièce tendait qu’il n’y avait là aucune difficulté et que nous « y irions tous. Déposant alors les objets qu il porte tait, il se mit en route, passa son bâton par dessus « l’arète, de manière à avoir celle-ci sous le bias « droit et marcha sur le flanc occidental, en foulant « autant que possible la neige sous ses pieds, afin de « nous faciliter la voie. 11 arriva ainsi en un instant « et sans aucune difficulté au sommet, faut d assu- « rance et de sang-froid ranimèrent notre courage et,

« lorsqu’il revint sur ses pas pour nous y conduire « après lui, personne n’osa plus refuser.

« Le sommet est un très petit espace d’environ deux « pieds de long sur un pied et demi de large. Comme « il n’y avait place que pour une personne, nous y « fûmes à tour de rôle. Agassiz y monta le premiei,

« appuyé sur le bras de Leuthold qui le précédait.

« Il y resta à peu près cinq minutes et, lorsqu’il nous « rejoignit, je vis qu’il était très agité; il m avoua « qu’en effet il ne s’était jamais senti pareille émo-

« tion

« Un phénomène extraordinaire se passa sous nos « yeux et nous intéressa vivement. D’épais brouillards « s’étaient amassés dans la direction du sud-ouest et

« s’élevaient du fond du Roth thaï Déjà nous crai-

« gnions qu’ils 11e nous envahissent une seconde fois, « lorsqu’ils se limitèrent subitement à quelques pieds « de nous, sans doute par l’effet de quelque courant « de la plaine qui les empêchait de s’étendre plus « loin dans cette direction. Grâce à cette circonstance, « nous nous trouvâmes tout à coup en présence d’un « mur vertical de brouillard dont la hauteur lut éva-

AGASSIZ. ASCENSION DE LA JUNGFRAU

« luée à quatre mille mètres au moins Gomme la

« température était au-dessous du point de congéla- « tion, les petites gouttelettes de brouillard s’étaient « transformées en cristaux de glace et reflétaient au « soleil toutes les couleurs de l’arc-en-ciel; on eût « dit un brouillard d’or qui étincelait autour de nous. « G était un spectacle à la fois terrible et attrayant. »

Lorsqu’ils, furent de nouveau tous réunis au pied de la dernière cime, Leuthold, en homme pratique, versa à chacun un verre de vin et on se reposa sur la neige avant de commencer la périlleuse descente. Lu fait d êtres vivants, ils n’aperçurent qu’un faucon qui se balançait dans les airs au-dessus de leurs tètes, et, en lait de plantes, quelques lichens qui croissaient sur le rocher dans les points où sa surface était à nu.

Vers quatre heures, ils se remirent en route, la lace tournée contre l’immense et épouvantable pente de glace, et, descendant à reculons, ils étaient obligés de tâtonner avec les pieds pour retrouver une à une les sept cents marches environ, taillées en montant. Au bout d’une heure, ils atteignirent le col du Roththal, terme des plus grandes difficultés de la descente.

Le succès de la journée leur avait donné une telle assurance qu’ils couraient plutôt qu’ils ne marchaient, ne tenant plus compte de dangers relativement faibles à côté de ceux auxquels ils avaient été exposés. Leuthold, aussi prudent lorsque les autres étaient téméraires qu’intrépide lorsqu’ils devenaient crainlils, ne cessait de recommander la prudence, en répétant avec le même calme qu’à la montée : Hübschle! nur immer hübschle! (Doucement ! toujours doucement !)

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