CHAPITRE XI
ce dernier ouvrage, ainsi qu’une notice sur leuis publications. Elle parut en 1848, après le départ d’Agassiz pour les États-Unis, et fut publiée en Angleterre par la Société Ray. Sentant de plus en plus l’importance d’un tel guide destiné aux hommes d’étude, il avait accumulé pendant des années les matériaux de cet ouvrage. Il s’adressa aux naturalistes de toutes les parties de l’Europe dans le but d’obtenir des renseignements sur la bibliographie scientifique de leurs pays respectifs. Grâce à leur concours, il réussit à faire un catalogue aussi complet que possible de tous les ouvrages connus et de tous les Mémoires concernant la zoologie et la géologie. N’ayant pas les moyens de publier ces matériaux coûteux et improductifs, il fut heureux de pouvoir les abandonner à la Société Ray.
La capacité qu’Agassiz possédait à un si liaut degré de traiter à la fois tant de sujets différents, n’ était pas le fait d’un esprit superficiel et versatile. Limité était le caractère de son œuvre; tout était lié dans sa pensée; aussi pouvait-il passer des glaciers aux fossiles et des fossiles au monde vivant, avec le sentiment qu’il traitait toujours des problèmes de même nature, unis les uns aux autres par les mêmes lois. On ne peut mieux en juger que par les bulletins de la Société des sciences naturelles de Neuchâtel, dont il suivit assidûment les séances de 1833 à 1846. Là, nous le trouvons présentant des communications le plus souvent originales sur divers sujets d’histoire naturelle, passant de considérations générales d’un ordre supérieur aux détails de structure les plus minutieux, avec l’habileté d’un spécialiste et une largeur de vue
AGASSIZ A NEUCHATEL
toute philosophique. Il décrit le développement embryologique des êtres organisés, leur distribution géographique et leur succession géologique, passe en revue les lois de classification qu’il réforme; tantôt il éclaire le monde fossile à la lumière du monde vivant, tantôt il trouve dans un passé lointain la clef des phénomènes actuels. Il reconstruit l’histoire de la période glaciaire, montrant sa dernière phase dans les vallées alpestres et rattachant de nouveau ces faits à des phénomènes semblables dans différentes parties du globe. Mais si vastes que soient ses vues et si variés que soient ses sujets, ils sont tous reliés les uns aux autres sous sa main et font partie d’un tout qu’il s'efforce de faire comprendre dans son ensemble.
Quelques extraits de sa correspondance nous font connaître les différents genres de recherches dont il s’occupait à cette époque. La lettre suivante est de Edward Forbes qui, l’un des premiers, étudia la faune des grandes profondeurs océaniques. Agassiz l’avait prié de l’aider pour son ouvrage sur les Échinodermes.
Edward Forbes à Louis Agassiz.
(Trad. de l'anglais.)
21 Lothian St. Edimbourg, le 13 février 1841.
.... Une lettre de vous m’est toujours le plus grand des plaisirs et j’ai été charmé de pouvoir exécuter, quoique imparfaitement, je le crains, la commission que vous m’avez donnée. Je m’en serais acquitté plus vite, s’il n’y avait pas eu des orages très violents dans les parages voisins, à tel point que jusqu’à ces trois derniers jours, je