CHAPITRE XI
n’ai pu me procurer un oursin vivant pour faire le dessin que vous demandez Vous avez donné la folie des gla-
ciers à tous nos géologues et ils transforment la Grande- Bretagne en glacière. Un ou deux soi-disant géologues ont fait quelques tentatives amusantes et très absuides de s’opposer à vos vues, entre autres le pauvre X...., qui a lu* à notre Société royale un mémoire tendant à démontrer que tous les phénomènes que vous attribuez aux glaciers, ont été causés par des blocs de glace, qui, lors du déluge, ont flotté jusqu’ici! Et que les fossiles des couches pliocènes étaient des Mollusques qui, ayant grimpé sur ces blocs de glace, furent entraînés malgré eux dans des régions plus chaudes ! ! !
A mon avis, une des meilleures preuves de la vérité de vos vues se trouve dans le caractère décidément arctique de la faune pliocène, qui doit être attribuée à l’époque glaciaire et qui ainsi est facilement comprise. Je me propose de recueillir pendant l’été des renseignements à ce sujet, afin de pouvoir présenter une grande quantité de preuves géologiques à l’appui de votre théorie.
Le Dr Traill me dit que vous avez l’intention de visiter de nouveau l’Angleterre l’été prochain. Si vous le faites, j’espère que nous nous rencontrerons, car j’aurai alors à vous montrer bien des choses que vous n’avez pas eu le temps de voir lorsque vous étiez ici. J’attends impatiemment la prochaine livraison de votre « Monographie des Échinodermes.... »
Sir Roderick Murchison à Louis Agassiz.
(Trad. de l’anglais.)
13 juin 1842.
Vos lettres m’ont fait beaucoup de plaisir en me
prouvant premièrement, que votre zèle pour l’ichthyologie
ACtASSIZ a NEUCHATEL
n’a pas diminué et que vous êtes sur le point d’en donner des preuves évidentes à l’Association britannique; secondement, que vous continuez avec enthousiasme vos admirables recherches sur les glaciers. Je serais enchanté de me mettre sous vos ordres dans une course au glacier de l’Àar; mais j’ose encore à peine le promettre.... Même en me hâtant beaucoup, je doute qu’il me soit possible d’arriver à temps pour votre réunion suisse '. Tout au plus pourrai-je vous rejoindre ensuite dans votre cantonnement du glacier; mais ceci dépendra de circonstances en dehors de ma volonté.
Je vous envoie cette lettre par mon ami l’amiral Sir Charles Malcolm qui, en se rendant à Genève, passera par Neuchâtel. J’y joins un exemplaire de mon dernier discours, que je vous prie d’accepter et de lire d’un bout à l’autre. Vous verrez que j’ai attaqué votre glace honnêtement et suivant mes propres convictions, mais que je n’ai jamais perdu de vue votre grand mérite. Mon dernier paragraphe vous convaincra, vous et tous vos amis, que, si je me trompe, cela ne provient d’aucune idée préconçue, mais seulement de ce que je juge d’après des preuves incomplètes. Votre: «Venez voir », retentit encore à mes oreilles....
Murchison resta pendant bien des années un adversaire déclaré de la théorie glaciaire dans son application la plus étendue. Le discours auquel il fait allusion, prononcé à la réunion anniversaire de la Société géologique de Londres en 1842, contient le passage suivant: « Si vous admettez avec Agassiz que les plus « profondes dépressions de la Suisse, telles que l’im- « mense lac de Genève, aient été jadis remplies de
1 Probablement la réunion de la Société helvétique des sciences naturelles.