CHAPITRE XI
éteint n’aurait pu en laisser de plus évidentes de son activité et de son immense force. Dans la moraine latérale, j’en ai trouvé une tout à fait décisive que n’a pas remarquée le Dr Buckland. Si vous êtes en relations avec lui, veuillez le remercier chaudement de m’avoir guidé par la publication d’extraits de son mémoire et fait comprendre des phénomènes qui m’ont procuré plus de plaisir que je 11e me rappelle en avoir jamais éprouvé à la vue d un cratère éteint. La vallée qui m’entoure et le lieu où est située l’auberge d’où je vous écris, doivent avoir été jadis recouverts d’une couche de glace compacte d’au moins huit cents à mille pieds d’épaisseur ! Il y a onze ans, je passai un jour entier dans cette vallée, où je ne voyais alors rien que de l’eau et des roches dénudées; tandis que hier le phénomène glaciaire m’est apparu parfaitement clair. Ces glaciers ont été des agents grandioses. Je suis d’autant plus content de ce que j’ai vu dans le noid du Pays de Galles, que cela me prouve la justesse de mes opinions sur la distribution des blocs erratiques, dans les plaines de l’Amérique du Sud, par Laction des glaces flottantes.
Je suis aussi toujours plus convaincu que les vallées de Glen Roy et leurs environs en Écosse ont été occupés par des bras de mer, et très probablement aussi par des glaciers; car, sur ce point, je ne puis naturellement pas mettre en doute les opinions d’Agassiz et de Buckland.
Agassiz souffrait de voir que Humboldt, le plus âgé de ses amis scientifiques, restait encore incrédule à l’égard de ses théories; mais il 11e renonçait pas à l’espoir de le convertir, comme nous le voyons par les lettres de ce dernier.
Quant à celles qu’ Agassiz lui écrivait, elles manquent depuis cette époque. Surchargé d occupations
AGASSIZ. LETTRE DE HUMBOLDT
et se sentant plus à l’aise dans ses relations avec les savants, il avait cessé de faire des brouillons de lettres pareils à ceux d’où sa correspondance a été extraite jusqu’ici.
Alexandre de Humboldt à Louis Agassiz.
(Trad. de l’allemand.)
Berlin, le 2 mars 1842.
Quand on a été séparé si longtemps l’un de l’autre,
même accidentellement, comme je l’ai été de vous, mon très cher et bien aimé Agassiz, il est difficile de savoir de quelle manière il faut commencer et finir une lettre. Le souvenir affectueux que vous m’envoyez est une preuve que mon long silence ne vous a pas paru étrange.... Je perdrais mon temps, si je vous disais comment j’ai été empêché par les devoirs toujours plus absorbants de ma vie de vous accuser réception des magnifiques ouvrages que vous m avez envoyés sur les poissons vivants et fossiles, sur les Échinodermes et sur les glaciers et dont j’ai à vous remercier.
Mon admiration pour votre activité sans bornes et pour votre belle vie intellectuelle s’accroît chaque année. Cette admiration pour vos travaux et pour vos excursions hardies est basée sur l’examen attentif de toutes vos conceptions et de toutes vos recherches. Cette semaine encore, j’ai lu avec une grande satisfaction votre discours vraiment philosophique et votre long traité dans le quatrième numéro de la Jahresschrift de Cotta. Léopold de Buch lui-même a confessé que la première moitié de votre dissertation sur la succession des êtres organisés était pleine de vérité, de sagacité et de nouveauté.