CHAPITRE XV
encore par son importance au point de vue de la distribution géographique des animaux. Pendant ce voyage, il vit au Niagara, pour la première fois, un gar-pike vivant, seul représentant, parmi les poissons actuels, du type Lepidosteus qui lui avait révélé plus qu’aucun autre les relations entre les poissons des temps passés et ceux de notre époque. A l’âge de dix-neuf ans, voyant un gar-pike empaillé au musée de Carlsruhe, Agassiz avait compris à première vue que cet animal était le seul de son espèce parmi les poissons vivants; mais sa véritable parenté avec le Lepidosteus de la première époque géologique ne lui devint évidente que plus tard, lorsqu’il étudia les espèces fossiles. Il découvrit alors le caractère reptilien du type et remarqua que, d’après l’articulation des vertèbres, la tête avait dû se mouvoir plus librement sur le tronc que celle d’aucun poisson de notre époque. A sa grande joie, le premier exemplaire du gar-pike ou Lepidosteus moderne qui lui fut apporté, tournait la tête comme un saurien, à droite, à gauche et en haut, ce que nul autre poisson ne peut faire.
Les résultats de cette expédition, pendant laquelle on avait recueilli de précieuses collections d’histoire naturelle, furent consignés dans un rapport sur la faune et la géologie du lac Supérieur, y compris le phénomène erratique. Un récit, rédigé par James Elliot Cabot, servit d’introduction au rapport général et fut accompagné de deux ou trois Mémoires plus courts sur des sujets spéciaux et composés par d’autres membres de l’expédition. Cet ouvrage contient un certain nombre de planches admirablement dessinées et coloriées par A. Sonrel.