CHAPITRE XV
La lettre suivante, concernant le projet d’Agassiz de recommander au public américain l’ouvrage de l lugh Miller, les Footprints of the Creator , par une petite notice sur l’auteur, a ici son intérêt. 11 est regrettable qu’aucune autre lettre de Hugli Miller n’ait été retrouvée parmi les papiers d’Agassiz, ce qui a lieu d étonner, car ces deux savants avaient été en correspondance suivie et avaient eu des relations personnelles très cordiales, basées sur des vues communes.
Hinjh Miller d Louis Agassiz.
(Trad. de l’anglais.)
Edimbourg, 2, Stuart Street, le 25 mai 1850.
Cher monsieur,
J’étais hors de ville quand votre bonne lettre est arrivée ici, et à mon retour, j’ai trouvé une telle accumulation d’ouvrage que c’est seulement aujourd’hui que je puis consacrer une demi-heure à vous répondre et à vous dire combien je suis profondément sensible à l’honneur que vous vous proposez de me faire. Lorsque j’avais si souvent l’occasiou, en écrivant mon petit livre, les Footprints , d’en référer à mon maître, notre grande autorité en histoire ichthyologique, il ne m’est jamais venu à l’esprit que lui-même voudrait associer son nom à mon œuvre de l’autre côté de l’Atlantique, et qu’à sou tour il en référerait à son humble auteur.
Je vous adresse, avec ces lignes, deux de mes ouvrages que vous n’avez peut-être pas encore vus et dans lesquels vous pourrez trouver quelques matériaux pour votre introduction. En tout cas, il se peut que dans une heure
LETTRE DE HUGH MILLER A AGAbSIZ
de loisir, ils vous procurent quelque amusement. Le plus volumineux des deux: « Scènes et Légendes», dont une nouvelle édition vient de paraître, et dont j’avais pu i îe la première en 1835, après l’avoir laissée de côté pendant plusieurs années, est le premier des ouvrages auquel j ai attaché mon nom. C’est une sorte d’histoire traditionne e d’un district d’Écosse, situé à environ deux cents milles de la capitale et dans lequel le caractère du peuple a ete à peine affecté par le cosmopolitisme qui l’a graduellement modifié et altéré dans les grandes villes. Comme on a souvent fait la remarque, plus ou moins vraie, qu’il y a entre les Écossais et les Suisses une plus grande ressemblance qu’entre tout autre peuple d’Europe, vous trouverez peut-être un certain intérêt à vous assurer si les traits de vos compatriotes ne se retrouvent pas quelquefois dans ceux des miens, tels qu’ils figurent dans mon histoire légendaire. Pendant longtemps, en effet, les deux peuples ont eu à peu près les mêmes difficultés à vaincre, L un et l’autre eurent à soutenir pour leur indépendance, menacée par des nations beaucoup plus puissantes, une longue guerre qui fut à la fin couronnée de succès; et comme leurs montagnes ne produisaient guère autre chose que le « soldat et son épée », ils en vinrent à faire trafic à l’étranger de cet art de la guerre qu’ils avaient été obligés d’acquérir chez eux pour leur propre defense. Nous les trouvons étrangement associés jusque dans les lois de quelques nations. En France, par exemple, sous l’ancien régime, les propriétés de tous les étrangers qui mouraient dans le pays, étaient dévolues au roi, les Suisses et les Écossais exceptés.
L’autre volume : « Premières impressions sur 1 Angleterre et ses habitants », contient quelques anecdotes
personnelles et un peu de géologie
Je vous envoie aussi un article qui comprend ce qu’on peut appeler 1’ « Histoire naturelle du pécheur » d’apres