‹ Louis AgassizChapitre 231 sur 387 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

de 1 homme par leur perfection structurale et leur taille, et limitées à des espaces moins grands que l’Espagne ou 1 Italie. S’il en est ainsi, pourquoi le théâtre primitif d’une nation d’hommes n’aurait-il pas été circonscrit dans des bornes pareilles et n’aurait-il pas été, dès l’origine, aussi indépendant que celui du chimpanzé de la Guinée, ou des orangs de Bornéo et de Sumatra ?

Les capacités supérieures de l’homme lui ont sans doute permis d’entreprendre des migrations; mais combien sont limitées ces migrations et combien sont légères les traces qu’elles ont laissées derrière elles Malheu-

reusement pour l’histoire naturelle, ce qu’on appelle l’histoire a enregistré plus fidèlement les faits d’une poignée d’aventuriers, que l’histoire réelle des nations primitives avec lesquelles les tribus émigrantes ont été mises en contact. Mais j’espère qu’il sera encore possible de plonger au-dessous de ces vagues d’émigration, afin de faire disparaître, pour ainsi dire, les traces de leur passage et de rétablir la vraie histoire des habitants primitifs des différentes parties du monde. Alors on verra si toutes les analogies 11e sont pas trompeuses, et si chaque pays, de grandeur égale à ceux où des nationalités distinctes sont connues pour avoir joué leur rôle historique, n’a pas eu ses aborigènes distincts, dont le caractère, s'il n’est pas trop tard, doit nécessairement être rétabli par les naturalistes de la même manière que les paléontologues reconstruisent un animal avec des débris fossiles.

J’ai déjà fait quelques tentatives à ce sujet, en étudiant la géographie ancienne et j’espère que cette tâche pourra encore être accomplie. Prenez, par exemple, l’Espagne. Les Ibériens, connus comme ses premiers habitants, ne se sont jamais beaucoup étendus au delà des Pyrénées vers la Garonne, ou le long des golfes du Lion et de Gênes. Aussi loin que remonte la période de prospérité des Phéniciens, nous savons que ces Ibériens tiraient leur laine

AGASSIZ. LES RACES HUMAINES

de leurs moutons indigènes, dérivés du mouflon, que 1 on trouve encore à l’état sauvage en Espagne, en Cuise et en Sardaigne; ils possédaient une race particulière de chevaux, différente encore aujourd’hui de tous les autres chevaux du monde. N’est-ce pas là un témoignage de leur origine indépendante, plus évident que ne 1 est 1 hypothèse d’après laquelle ils feraient partie de la famille indo-germanique et seraient venus d’Orient0? Nous ne devons pas oublier du reste que le langage basque était autrefois le langage de toute l’Espagne, qu’il était celui que parlaient les Ibériens et qu’il n’a aucun rapport avec le sanscrit.

J’ai peu parlé des nègres et pas du tout des Indiens. J’ajouterai seulement que je commence à apercevoir la possibilité de distinguer différents centres d’origine en Afrique et en Amérique. Laissant de côté les migrations imaginaires, on se demande quel rapport on peut trouver , par exemple, entre les Esquimaux, qui habitent toutes les régions septentrionales de ce continent, et les Indiens des États-Unis, ceux du Mexique, du Pérou et du Brésil. Y a-t-il aucun lien réel entre les tribus des bords de la mer sur la côte Nord-Ouest, les contructeurs de tumuli, la civilisation astèque, les Incas et les Guaranis ? Il me semble qu’il n’y en a pas plus qu’entre les Assyriens et les Égyptiens. Et quant aux nègres, il y a peut-être une plus grande différence entre eux, si l’on compare ceux du Sénégal et de la Guinée, puis les Cafres et les Hottentots, avec les Gallas et les Mandingues. Mais où trouver le temps pour poursuivre les recherches nécessaires à élucider ces questions ? Écrivez-moi bientôt, je vous prie, ce que vous pensez de tout ceci et croyez-moi toujours votre ami dévoué.

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