‹ Louis AgassizChapitre 230 sur 387 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

constituent divers genres et que ces genres comprennent plus de cent espèces. Ce sont eux pourtant qui se rapprochent le plus de la famille humaine et nous pouvons au moins tirer de leur étude quelques indications. Quels croisements peuvent se faire entre ces espèces? Ces croisements sont-ils même possibles ? Nous n’avons aucun renseignement à cet égard. Un point est avéré, c’est que les zoologistes sont aussi peu d’accord sur les limites de ces espèces que sur les allinités des races humaines. Ce que l’un considère comme des espèces distinctes est tenu par un autre pour de simples variétés, et ces variétés ou espèces diffèrent par des caractères qui ne sont ni plus constants, ni plus importants que ceux qui distinguent les races humaines. Le fait que les singes sont groupés en divers genres, espèces et variétés, ne diminue pas la valeur de la comparaison; car le point en question est justement de savoir si les nations, les races et ce qu’on a aussi appelé les familles humaines, comme la famille indogermanique ou sémitique, ne correspondent pas en réalité aux familles, genres et espèces des singes. Eh bien ! les premières grandes subdivisions des vrais singes, à l’exclusion des makis et des arctopithèques, sont fondées sur la forme du nez; ceux du Nouveau Monde ayant une large séparation entre les narines, tandis que ceux de l’Ancien Monde en ont une étroite. Il est vraiment curieux que ce fait, connu des naturalistes depuis un demi-siècle comme un caractère essentiel chez les singes, ait été négligé chez l’homme, quand en réalité les nègres et les Australiens diffèrent de la même manière des autres races. Ceux-ci ont en effet une large séparation entre les narines, qui s’ouvrent sur les côtés, comme chez les singes de l'Amérique du Sud, tandis que les autres types de la famille humaine ont une mince cloison et des narines s’ouvrant en bas comme chez les singes de l’Asie et de l’Afrique.- En outre, les différences de moindre importance, telles

ÀGASSIZ. LES RACES HUMAINES

que l’obliquité des dents incisives, l’épaisseur des lèvres, la saillie des pommettes, la position des yeux, les cheveux caractéristiques ou laineux, sont chez les hommes aussi constantes que celles invoquées pour séparer en genres distincts les chimpanzés, les orangs et les gibbons; et, d’autre part, les espèces respectives de ces dernières 11e diffèrent pas plus entre elles que les Grecs, les Allemands et les Arabes, ou les Chinois, les lartares et les Finnois, ou encore les habitants de la Nouvelle-Zélande et les Malais, qui sont habituellement compris dans la même race. La vérité est (pie les différentes espèces que quelques naturalistes admettent parmi les orangs, sont en réalité des races chez les singes; sinon les races chez les hommes ne seraient rien de plus (pie ce qu’on appelle

espèces parmi certains singes

Passez en revue les faits suivants en ayant sous les veux une carte du monde. Sur une étroite bande de tene, le long du golfe de Guinée et depuis le cap Palmas jusqu’au Gabon, vivent deux prétendues espèces de chimpanzés. Dans les îles de Sumatra et de Bornéo, il y en a trois ou quatre d’orangs; sur les côtes du golfe de Bengale, y compris les régions de Calcutta, du Birman, de Malacca, de Sumatra, de Bornéo et de Java, on trouve dix ou douze espèces de gibbons, qui tous sont les plus proches parents de la famille humaine; quelques-uns sont aussi grands que certaines races d’hommes. Il y a la un total de quinze espèces de singes anthropoïdes répartis sur un espace qui, à beaucoup près, n’égale pas la surface de l’Europe. Quelques-unes de ces espèces sont limitées à Bornéo, d’autres à Sumatra, d’autres à Java seulement, d’autres à la péninsule de Malacca; c’est-à-dire à des étendues de terres de même grandeur que l’Espagne, la France, l’Italie et même l’Irlande. Tous sont des animaux distincts, considérés par la plupart des naturalistes comme des espèces distinctes, se rapprochant beaucoup

Page 1