CHAPITRE XVIII
M. Francis-C. Gray, de Boston, qui s’intéressait à cette œuvre comme ami d’Agassiz et comme homme de lettres et de science, proposa de faire un appel au patriotisme américain en faveur d’un ouvrage consacré entièrement à l’histoire naturelle du pays; il se chargea de la partie financière, ouvrit la souscription et la fit réussir non seulement par une large contribution personnelle, mais par des lettres et par des appels au public. Le résultat dépassa de beaucoup l’attente de tous ceux qui s’y intéressaient. En effet, si l’on considère le caractère purement scientifique de cet ouvrage, le nombre des souscripteurs fut extraordinaire et prouva de nouveau à quel point Agassiz avait gagné le cœur et l’esprit des Américains. Les souscriptions n’arrivaient pas seulement de Boston et de Cambridge, bien que celles du Massachusetts fussent les plus nombreuses; elles ne provenaient pas non plus exclusivement de milieux scientifiques ou littéraires, mais, au grand étonnement des éditeurs, on recevait chaque jour des signatures de toutes les parties du pays et de personnes appartenant à toutes les classes de la société.
Dans sa préface, Agassiz s’exprime ainsi à ce sujet :
« Je prie mes lecteurs d’Europe de se rappeler que « cet ouvrage est écrit en Amérique et tout parti cu- « lièrement pour les Américains et que le public « auquel il est spécialement destiné a des besoins très « différents de ceux du public européen. Il n’y a pas « ici une classe de savants en dehors et à part des « autres membres cultivés de la société; au contraire,
« le désir de s’instruire est si général, que je m’attends « à ce que mon livre soit lu aussi bien par des ou-