CHAPITRE XIX
1860-1863 - 53 à 56 ans
Retour a Cambridge. — Transfert des collections dans le nouveau musée. — Rapports avec les étudiants. — Commencement des hostilités entre le Nord et le Sud. — Premières publications du musée. — Médaille Copley. — Correspondance générale. — Conférences dans l’Ouest. — Circulaire concernant les collections anthropologiques. — Lettre à Ticknor sur la distribution des poissons en Espagne.
A son retour à Cambridge, vers la fin de septembre, Agassiz trouva le bâtiment du musée très avancé ; mais il ne fut achevé que dans le courant de l’année suivante. L’inauguration eut lieu le 13 novembre 1860. Le transfert des collections se fit aussi promptement que possible et, dans ces conditions favorables, le musée ne tarda pas à se développer. Les salles de cours furent bientôt ouvertes tant au public qu’aux étudiants; les instituteurs, en particulier, y étaient reçus avec empressement et gratuitement. Le professeur était heureux de pouvoir renouer ainsi les rapports intimes qu’il avait eus avec eux, dès son arrivée aux États-Unis. Comme nous l’avons dit, il aimait les écoles, les visitait, et l’éducation publique était une de ses plus constantes préoccupations. Il ouvrit, dès ce temps-là, l’entrée de ses cours de l’Université aux femmes comme aux hommes, car il voyait avec un
AGASS1Z. LE MUSÉE DE CAMBRIDGE
vif plaisir chez elles le désir d’étendre leur champ d’étude et d’occupation, et il employa toujours un certain nombre de femmes comme aides au musée.
Les trois années suivantes furent pour lui une époque de travail incessant, mais sans événement particulier à signaler. Dès neuf ou dix heures du matin, la journée, à l’exception de l’heure destinée aux leçons de son école, était consacrée au musée, soit pour ses propres recherches et pour ses cours, soit pour distribuer et surveiller les travaux du laboratoire qu’il dirigeait entièrement. Passant de banc en banc et d’une table à l’autre, donnant ici un conseil, jetant là un coup d’œil scrutateur, mais bienveillant, il faisait sentir d’une manière sympathique sa présence dans tout l’établissement; personne n’a exercé une influence personnelle aussi grande sur ses élèves et sur ses employés. Ses premières leçons d’histoire naturelle n’étaient guère encourageantes; l’observation et la comparaison étant, suivant lui, les qualités fondamentales du naturaliste, il commençait par enseigner à ses élèves à bien voir; il ne les aidait pas directement, mais les plaçait en face d’un spécimen, en leur recommandant avant tout de faire bon usage de leurs yeux et de lui rendre compte de ce qu’ils auraient observé. Il revenait de temps en temps demander au débutant à quel point il en était, mais ne lui adressait jamais une question en vue de le diriger, ne lui signalait aucun trait particulier de structure et ne provoquait ni supposition, ni conclusion. Cette manière d’étudier durait quelquefois plusieurs jours; le professeur exigeant que l’élève distinguât non seulement les différentes parties de l’animal,