‹ Louis AgassizChapitre 266 sur 387 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

mais découvrit le rapport des détails qu’il avait observés lui-même avec les traits typiques plus généraux. Ses élèves se rappellent encore avec plaisir leur consternation, lorsque, livrés à eux-mêmes, ils se trouvaient en présence d’un spécimen, sans secours à espérer de leur professeur, jusqu’à ce qu’ils eussent tiré de l’animal le secret de sa structure. Tous ont reconnu que cette méthode, qui les astreignait à un examen minutieux et attentif, avait exercé une grande influence sur leurs facultés d’observation, quel qu’ait été d’ailleurs leur champ d’activité. L’un d’eux, qui avait 1 intention de se vouer à l’entomologie, termine ainsi le récit d’une de ses premières leçons, consacrée uniquement à l’étude d’un poisson : « Ce fut la meil- « leure leçon d’entomologie que j’aie jamais reçue;

« son influence s’est fait sentir sur toutes mes études « et c est là un legs d’une inestimable valeur que le « professeur m’a laissé, comme à tant d’autres étu- « diants, et qui nous est devenu indispensable1, d

Si, pour développer l’indépendance et l’exactitude des tacultés d’observation, Agassiz commençait par abandonner ses élèves à leurs propres ressources, jamais maître, après ces préliminaires, ne fit plus généreusement part de sa science. Son trésor intellectuel était toujours ouvert à ses élèves; son matériel particulier, ses ouvrages inédits, ses plus précieux spécimens, ses dessins et ses livres, tout était à leur disposition. Cette libéralité devenait par elle-même un moyen d’éducation, car elle apprenait aux jeunes

1 In the laboratory with Agassiz, par S. -H. Scudder.

AGASSIZ. LE MUSÉE DE CAMBRIDGE

gens à respecter les objets précieux et souvent uniques qui leur étaient confiés.

Ces sentiments de confraternité, établis et développés dans son laboratoire, créèrent une source de relations cordiales entre les étudiants et le professeur. Beaucoup d’entre eux lui étaient profondément attachés et de son côté il était soutenu par leur sympathie et leur affection. La plupart ne l’oublieront jamais; il est encore leur maître et leur ami, presque aussi vivant dans leur souvenir que lorsqu’ils travaillaient, soutenus et animés par sa présence et par sa parole.

Après avoir passé une grande partie de la journée au musée et à son école, Agassiz n’avait plus que les nuits pour écrire et rarement il quittait son bureau avant une ou deux heures du matin, quelquefois même plus tard. Ses deux derniers volumes des « Contributions », sur les Acalèphes, furent achevés à cette époque. La guerre venait d’éclater entre le Nord et le Sud et aucun Américain ne tenait plus que lui à la conservation de l’Union et de ses institutions. 11 sentait que la tâche de ceux qui cultivaient les lettres et les sciences était de maintenir dans leur intégrité les aspirations et les ressources intellectuelles du pays pendant cette lutte pour l’existence nationale, et pour cela de stimuler la vie et l’activité des établissements scientifiques jusqu’au moment où, la paix étant rétablie, les études, ces vraies armes de la civilisation, reprendraient leur place et leur rôle.

Pour atteindre ce but, il se mit au travail avec une nouvelle ardeur et, tandis que ses amis le pressaient de restreindre ses dépenses pour le musée et de mé-

Page 1