CHAPITRE XIX
nager ses ressources jusqu’au moment où l’orage serait passé, il ne cessa au contraire d’encourager, par tous les moyens en son pouvoir, le développement de cette institution. De temps en temps, la législature du Massachusetts venait à son aide; le musée reçut ainsi au commencement de cette période une nouvelle allocation de dix mille dollars. Au moyen de ces fonds, on put commencer la publication illustrée, connue sous le nom de « Bulletin du musée de zoologie comparée de Cambridge ».
A cette époque aussi, il sollicita vivement la création d une Académie nationale des sciences et s’occupa activement de son organisation et de son adoption officielle par le Congrès (1863). Il aimait à rappeler à ce sujet l’histoire de l’Université de Berlin, et dans un appel, qu’au milieu même de la guerre, il lit au public en faveur des institutions scientifiques des États-Unis, il écrivait : « Un fait bien connu dans « l’histoire de l’Allemagne prouve que c’est en temps « de grand danger politique que l’on peut jeter les « bases les plus solides du développement intellectuel « d’un pays. Lorsque, en 1806, après la bataille d’Iéna,
« la monarchie prussienne était écrasée, le roi, dou- « tant même que sa couronne lui fût conservée, dé- « cida, à l’instigation du philosophe Fichte la fonda- « tion de l’Université de Berlin. Elle fut inaugurée « l’année même où ce prince désespéré rentrait dans « sa capitale. Depuis lors, cette Université a été la « plus grande gloire de la Prusse et a fait de Berlin « l’un des foyers de lumière de l’Allemagne. »
On peut ajouter ici, comme preuve de la confiance d’Agassiz dans les institutions des Etats-Unis et dans
AGASSIZ. guerre de la sécession
leur avenir, qu’il se fit naturaliser Américain à l’heure la plus sombre de la guerre, alors que les ennemis du pays prophétisaient en toute assurance sa ruine définitive. En devenant ainsi officiellement citoyen
des États-Unis, il voulait attester sa foi dans la stabilité de la constitution et dans la justice de la cause du Nord.
On trouvera dans les lettres suivantes quelques détails sur les occupations d’Agassiz et les graves événements de cette époque.
Sir Philip Egerton à Louis Agassiz.
(Trad. de l'anglais.)
Londres, Albemarle Street, le 16 avril 1861.
Mon cher Agass *,
.J’ai reçu ce matin votre cadeau, aussi beau qu’il a été le bienvenu; ce troisième volume de votre grand ouvrage m’a rappelé combien j’ai été négligent en ne vous écrivant pas plus tôt. Au fond, je n’avais rien qui valût la peine de vous être communiqué et je sais que votre temps est trop précieux pour être gaspillé par un simple bavardage. Je n’ai naturellement pas eu le loisir d’étudier aucune des parties de votre Monographie, mais je l’ai feuilletée et ce que j’ai vu a suffi pour me mettre en appétit devant ce régal scientifique que vous nous servez si libéralement. A présent que votre esprit est déchargé de ce poids, j’espère apprendre prochainement que vous tiendrez cette année votre promesse de venir en Angleterre, pour cette
1 Abréviation amicale dont Sir Philip se servait souvent avec Agassiz.