CHAPITRE XX
membre. Plus je considère le sujet que nous devons examiner pour faire notre rapport, plus je suis frappé de son immensité et plus aussi je sens qu’il faut en étudier avec soin les principes politiques, physiologiques et ethnologiques. Avant de prendre une décision sur des mesures politiques, il est nécessaire de trancher différentes questions importantes qui exigent plus de connaissances spéciales que je n’en possède.
Parmi ces questions, voici celle qui m’occupe le plus en ce moment. Est-il probable que la race africaine, représentée par moins de deux millions de noirs et un peu plus de deux millions de mulâtres, une fois qu’elle ne se recrutera plus par l’immigration, puisse persister dans ce pays? Ou bien sera-t-elle absorbée, diluée et finalement effacée par la race blanche qui comprend vingt-quatre millions de représentants et qui augmente sans cesse par l’immigration et par les causes naturelles.
Le mélange de races, occasionné par l’esclavage, ne prendra-t-il pas plus d’extension après l’abolition ? Dans ce cas, le nombre des mulâtres ne deviendra-t-il pas plus considérable et celui des noirs plus faillie ? Avec une augmentation et finalement une prédominance numérique des mulâtres, la question de leur fécondité devient un élément très important dans les calculs. Peuvent-ils former une race persistante dans ce pays où les noirs sont représentés par deux et les blancs pas vingt ou vingt-quatre ?
N’est-il pas vrai qu’au moins dans les États du Nord le mulâtre n’est pas fécond, qu’il n’a que peu d’enfants et que ceux-ci sont en général lymphatiques et scrofuleux ?
Dans les États où les noirs réunis aux mulâtres forment soixante-dix à quatre-vingts et même de quatrevingt-dix pour cent de la population totale, y aura-t-il, après l’abolition de l’esclavage, une immigration suffisamment forte des blancs pour contrebalancer la prépondérance numérique actuelle des noirs?
AGASSIZ. SES VUES SUR LA RACE NOIRE
Il semblerait maintenant que les blancs vont exploiter les noirs pour leur travail et que la servitude sociale continuera longtemps encore, malgré l’égalité politique.
Vous voyez l’importance qu’il y aurait, avant de voter des mesures politiques, à examiner attentivement les lois naturelles de l’augmentation de la population et les modifications qu’elles peuvent éprouver par reflet des causes actuelles. S'il y a une tendance naturelle et irrésistible à l’augmentation d’une race noire persistante dans les Etats du golfe et des grandes rivières du Sud, nous ne devons pas, par d’inutiles essais de résistance, empirer encore la situation. Mais si, au contraire, les tendances naturelles se portent vers une diminution et même une disparition des noirs et des gens de couleur, nous devrons alors modifier nos vues.
Je serais bien aise, cher Monsieur, d’avoir votre opinion sur ce sujet et sur tout ce qui s’y rattache. Si toutefois vous ne pouviez pas vous occuper de cette question, vous voudrez bien, j’espère, me mettre en relation avec des personnes ayant les capacités et le temps nécessaires pour cela, ou me désigner les ouvrages qui pourraient jeter quelque lumière sur le but de mes recherches.
Je reste, cher Monsieur, votre dévoué
Samuel-G. Howe.
Louis Agassiz au Dr S. -G. Howe.
Traduit de l’anglais.
Nahant, le 9 août 1863.
Mon cher Docteur,
Lorsque je vous accusais réception, il y a quelques jours, de la lettre par laquelle vous m’invitiez à exposer mes vues sur la conduite à tenir vis-à-vis de la race noire, considérée comme partie de la population libre