CHAPITRE XXI
C est à cette époque qu’il échangea quelques lettres avec Oswald Heer. Celui-ci venait de publier son ouvrage sur la « Flore fossile des régions arctiques». Ce volume, adressé à Agassiz par l’auteur, le trouva en convalescence et il ne pouvait arriver plus à propos. Encore retenu chez lui, incapable d’aucun travail suivi, Agassiz s’en empara et le lut avec passion. Ce livre avait pour lui un double attrait ; quoique consacré à une branche des sciences naturelles étrangère à ses
propres études, le travail de Heer s’en rapprochait cependant, en ce qu’il reconstruisait la flore disparue des régions polaires, comme lui-même l’avait fait
pour la faune des époques géologiques. L’un revêtait de forêts verdoyantes des champs maintenant glacés, 1 autre recouvrait de glaces les contrées aujourd’hui fertiles. En un mot, l’ouvrage du savant de Zurich s’empara de l’imagination d’Agassiz aussi fortement que celle d’un enfant malade peut être captivée par la lecture d’un conte de fées.
Voici maintenant la correspondance des deux naturalistes :
Louis Agassiz à Oswald Heer.
(Trad. de l’allemand.)
Cambridge, le 12 mai 1868.
Honoré collègue,
Votre magnifique ouvrage sur la flore fossile des régions arctiques m’est parvenu au moment où je relevais d’une longue et pénible maladie. J’ai donc pu le lire de suite et j’en ai été enchanté. Vous faites un tableau captivant des changements successifs qu’ont subis les régions