CHAPITRE XXII
« formation jusqu’à la plus récente, il n’y en a pro- « bablement aucune qui ait été déposée dans des « eaux très profondes. S’il en est ainsi, nous devons « admettre que le continent américain, avec la zone « de deux cents brasses environ qui l’entoure, limi- « tée par les grandes profondeurs de l’Océan, a gardé « depuis le commencement sa position et son con- (( tour actuels, et que, comme il a éprouvé de légers « mouvements d’élévation et d’abaissement, les Océans « ont dû en subir de pareils. La constitution géolo- « gique de notre continent, maintenant connue d’une « manière suffisante dans la plus grande partie de son « étendue, prouve, ce me semble, avec la dernière « évidence, qu’il en a bien été ainsi et qu’il n’y a « aucune raison de supposer qu’aucune partie se soit « affaissée de nouveau à une grande profondeur « après s’être élevée au-dessus du niveau de l’océan.
« Le fait que sur le continent américain, à l’Est « des Montagnes Rocheuses, les formations géologi- « ques se succèdent régulièrement depuis les plus « anciens dépôts azoïques et primordiaux jusqu’à la « formation crétacée, sans la moindre trace d’un « affaissement subséquent, me parait être la plus « complète et directe démonstration de ma proposi- « tion. Je ne puis parler avec autant d’assurance de « l’Ouest du continent. En outre, la position des forci mations crétacées tertiaires, le long des terres basses « à l’Est des Alleghanys, est une autre indication de « la permanence du bassin de l’Océan, sur les plages « où ces couches plus récentes se sont formées. Je « sais bien que dans une période relativement moins « ancienne, certaines parties du Canada et des États-
AGASSIZ. CENTENAIRE DE HUMBOLDT
« Unis, qui sont actuellement à six ou sept pieds au- « dessus du niveau de la mer, se trouvaient submer- « gées; mais ceci n’a pas changé la configuration du « continent, si nous admettons qu’il est en réalité « circonscrit par la zone de deux cents brasses de « profondeur. »
Agassiz passa l’été dans son laboratoire favori de Nahant et ce séjour, hélas ! devait être le dernier. 11 s’occupa d’abord de son ouvrage sur les requins et les raies. Mais bientôt, à la fin de l’été, il dut interrompre ce travail pour un autre que lui imposaient le respect d’un disciple et la reconnaissante affection de toute sa vie.
On l’avait prié de prononcer le discours en l’honneur du centenaire de Humboldt, qui devait être célébré le 15 septembre 18G9 sous les auspices de la Société d’histoire naturelle de Boston. Il avait accepté, non sans quelque appréhension, car il n’avait pas l’habitude d’un travail littéraire de cette nature et, comme biographe, il se sentait tout à fait novice. Pour remplir cette tâche en toute conscience, il s’enferma pendant des semaines dans une salle de la bibliothèque de Boston, et là, vivant pour ainsi dire avec son ancien maître, il relut tous ses ouvrages. Le résultat de cette retraite fut une étude à la fois concise et complète, une peinture nette et vigoureuse des travaux de Humboldt et de leur iulluence sur l’instruction aussi bien élémentaire que supérieure, influence et méthode dont profite aujourd’hui le plus simple écolier, sans savoir que c’est à Humboldt qu’il les doit.
Le tableau que fit Agassiz de cette brillante intel-