CHAPITRE XXII
« monde est l’œuvre de l’intelligence et non pas « seulement le produit des forces de la matière, l’es- « prit humain doit être capable de le comprendre et « en partant du connu, d’atteindre l’inconnu. La con- « naissance acquise devrait ainsi, dans les limites de « l’erreur que notre imperfection rend inévitable, nous « permettre de prédire ce que nous trouverons pro- « bablement dans les plus profonds abîmes de la mer. » 11 s’attendait donc à trouver la solution de problèmes spéciaux en relation directe avec ses précédentes recherches et affirmait que dans les grandes profondeurs de la mer on découvrirait des formes animales, semblables à celles des premiers âges géologiques, qui jetteraient une nouvelle lumière sur les rapports du monde fossile et du monde vivant. Dans la lettre dont nous venons de parler, il nomme même les espèces qu’il s’attendait surtout à trouver dans ces grandes profondeurs, par exemple, des représentants des anciens types des Ganoïdes et des Sélaciens; des Céphalopodes ressemblant aux plus anciennes coquilles cloisonnées; des Gastéropodes rappelant les types tertiaires et crétacés et des Acéphales présentant de l’analogie avec ceux des formations jurassique et crétacée. Il pensait découvrir aussi des crustacés se rapprochant plus de nos anciens Trilobites que ceux qui vivent actuellement à la surface du globe, et, parmi les Radiés, les anciennes formes d’oursins, d’étoiles de mer et de coraux. Quoique les collections recueillies dans cette expédition fussent riches et intéressantes, elles ne répondirent qu’imparfaitement aux prévisions d’Agassiz. Ajoutons que, par suite d’une défectuosité dans l’appareil du
AGASSIZ. VOYAGE DU HASSLER
dragage, on perdit ce qui provenait des plus grandes profondeurs.
Quant à la période glaciaire, il comptait sur des résultats encore plus positifs. Dans la même lettre se trouve le passage suivant :
« Il nous manque encore une preuve pour mettre « hors de doute que la grande extension des glaciers « durant 1 époque glaciaire a eu pour cause les chan- « gements cosmiques de notre globe. Tous les phéno- « mènes relatifs à cette période doivent se retrouver « dans 1 hémisphère Sud avec les mêmes caractères « que dans le Nord, mais avec cette différence essen- « tielle que tout y sera renversé. La direction du « mouvement glaciaire, sera du Sud au Nord, et les « blocs seront venus du Sud pour occuper leur posi- « tion actuelle. On ne s’est pas encore assuré par des « observations exactes s’il en est réellement ainsi. Je « m’attends à constater ces faits partout dans les zones « tempérées et froides de l’hémisphère Sud, à l’ex- « cep tion des glaciers actuels locaux de la Terre de « Feu et de la Patagonie, qui peuvent avoir trans- « porté des blocs dans toutes les directions. En Europe « même, les géologues n’ont pas établi de distinction « suffisante d’une part entre les faits se rattachant « aux glaciers locaux et à leur retrait graduel, et, « d’autre part, ceux qui proviennent de l’action d’une « immense nappe de glace se mouvant sur tout le « continent du Nord au Sud.
« Parmi les faits déjà connus dans l’hémisphère « Sud se trouvent les soi-disant rivières de pierres des « lies Falkland qui attirèrent l’attention de Darwin « pendant son expédition avec le capitaine Fitzroy