‹ Louis AgassizChapitre 70 sur 387 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

parties que je n’avais pu découvrir sur l’empreinte Mais au moment où je cherchais à retenir cette image et à m’assurer de ma découverte, tout disparut. De grand matin, je courus au Jardin des plantes pour voir si je ne retrouverais pas dans l’empreinte quelque trait qui me remît sur les traces de ma vision; ce fut en vain. Comme les jours précédents, je ne vis, dans la tête surtout, qu’un amas informe d’os qui paraissaient entièrement brisés. La nuit suivante la même vision se répéta, mais sans résultat plus heureux pour moi; tout disparut à mon réveil. Espérant un peu qu’une troisième apparition me mettrait en possession de la clef de cette énigme, je préparai, avant de me coucher, du papier et un crayon pour pouvoir tracer pendant la nuit ce que je verrais. En effet vers le matin je sentis que mon poisson se présentait de nouveau à mon esprit, d’abord confusément, mais un peu plus tard si distinctement que je n’eus plus aucun doute sur ses caractères zoologiques. Moitié dormant, moitié rêvant et dans l’obscurité la plus complète, je les traçai sur la feuille de papier que j’avais préparée. Le matin, je fus très surpris de voir dans mon croquis nocturne des traits que je crus d’abord impossibles de retrouver sur la plaque2, surtout un préopercule dentelé et armé de grosses pointes à son bord inférieur. Je me rendis tout de suite au Jardin des plantes et, après plusieurs heures de travail, je parvins cependant, à l’aide de mes burins et de mon marteau, à découvrir toutes les parties de la tête que l’on voit si nettement dans ma planche n° 1....

Agassiz rappelait souvent cette circonstance pour appuyer le fait bien connu que, lorsque le corps est en repos, le cerveau fait un travail auquel il se refusait auparavant.

1 et 2 Les termes « empreinte » et « plaque » désignent l’un et l’autre le fossile tel qu’il l’avait sous les yeux.

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