‹ Louis AgassizChapitre 72 sur 387 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Je vous ai écrit dans ma dernière lettre que j étais allé chez M. de Humboldt, que je n’avais pas vu depuis long-

temps, pour lui parler d’une commission dont Auguste m’avait chargé, mais je ne l’ai pas trouvé. Dans des visites antérieures, je lui avais lait part de ma position en lui disant que je ne recevais toujours aucune avance de mon libraire. Il m’offrit de lui écrire et il 1 a lait, il y a déjà plus de deux mois. Jusqu’ici nous n’avons de réponse ni l’un, ni l’autre. Ce matin, je reçois une lettre de M. de Humboldt, qui est fort inquiet de ne point recevoir de lettre de Cotta; il craint que cette incertitude et l’inquiétude d’esprit qui devait en résulter pour moi ne nuisent à mon travail, et il me prie d’accepter un crédit de mille francs qu’il joint à son billet.... Oh ! si ma mère voulait oublier un instant que c’est ce célèbre M. de Humboldt

et prendre son grand courage pour lui écrire quelques lignes seulement, combien je l’en remercierais! Je crois qu’il vaudrait mieux que ce fût toi que papa, qui ferait probablement mieux, mais peut-être autrement que je ne voudrais. Humboldt est si bon, si indulgent, que tu ne dois pas craindre, ma bonne mère, de lui adresseï quelques lignes. Il loge rue du Colombier n° 22 ; adresse tout simplement : M. de Humboldt....

Dans l’agitation du moment, cette lettre na pas même été signée.

Le billet suivant de Humboldt à Mme Agassiz, gardé par elle comme un précieux souvenir, montre que la bonne mère avait pris son grand courage et écrit la lettre demandée.

AGASSIZ A PARIS

* Alexandre de Humboldt à Madame Agassiz.

Paris ce 11 avril 1832.

Je devrais gronder Monsieur votre fils, Madame, de vous avoir parlé de ce peu d’intérêt que j’ai pu lui marquer ; mais comment me plaindre de la lettre si touchante, si remplie de sentiments noblement exprimés, que je viens de recevoir de votre main, Madame ! Daignez en agréer ma plus vive reconnaissance. Que vous êtes heureuse de posséder un tel fils, si distingué par ses talents, par la variété et la profondeur de ses connaissances, modeste comme s’il ne savait rien, et cela dans un temps où la jeunesse est généralement d’un amour-propre froid et dédaigneux. Avec une instruction aussi solide, des mœurs douces et attachantes, il faudrait désespérer du monde, si votre fils n’y faisait pas son chemin. J’approuve beaucoup les projets de Neuchâtel et j’espère pouvoir contribuer à les faire réussir, si cela était nécessaire. Il faut penser à quelque chose de fixe dans la vie.

Daignez, Madame, excuser la brièveté de ces lignes et agréez l’expression de ma respectueuse considération.

A. Humboldt.

Voici la lettre qui causa tant de joie à Agassiz et à ses parents en allégeant le fardeau de leurs soucis.

Alexandre de Humboldt à Louis Agassiz.

(Trad. de l’allemand.)

Paris, le 27 mars 1832.

Je suis fort inquiet, mon bien cher M. Agassiz, d’être encore sans nouvelles de Cotta. A-t-il peut-être été en-

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